Dissolution de 60 Millions de Consommateurs, quand l’État affaiblit volontairement un contre-pouvoir citoyen
- Marc Mauco

- 16 déc. 2025
- 3 min de lecture
La décision du Sénat de valider la liquidation de l’Institut national de la consommation (INC) marque un tournant grave et largement sous-estimé pour les consommateurs français. Derrière une justification budgétaire contestable, c’est un pilier historique de l’intérêt général qui vacille : 60 Millions de Consommateurs, l’un des rares médias réellement indépendants des puissances économiques.
Chez Libres & Égaux, nous considérons cette décision comme un signal politique inquiétant, révélateur d’une fragilisation assumée des outils de protection citoyenne.

Un choix politique déguisé en rationalité économique
L’argument officiel avancé pour justifier la dissolution de l’INC repose sur une prétendue « situation financière dégradée » or, les chiffres racontent une toute autre histoire.
Coût estimé de la liquidation : 8 à 10 millions d’euros
Budget annuel de fonctionnement de l’INC : 11,6 millions d’euros
Autrement dit, l’État accepte de dépenser presque autant pour fermer l’institution que pour la maintenir en vie une année supplémentaire.
Ce raisonnement interroge, s’agit-il réellement d’économies ou d’un choix politique assumé, mais non assumé publiquement ?
Une asphyxie organisée sur plus d’une décennie
La disparition de l’INC n’est pas un accident, elle est le résultat d’une érosion méthodique des moyens alloués :
Subvention publique en 2012 : 6,3 millions d’euros
Subvention en 2020 : 2,7 millions d’euros
Cette baisse progressive a mécaniquement fragilisé l’institution, jusqu’à rendre inévitable l’argument de sa « non-viabilité ».
Pendant ce temps, un chiffre frappe par son contraste : 175 millions d’euros d’aides à la presse privée ont été versés en 2024, dont une part significative bénéficie à des groupes détenus par de puissants intérêts financiers.
La question n’est donc pas budgétaire, elle est politique et idéologique.
Pourquoi 60 Millions de Consommateurs dérange réellement
Ce magazine n’est pas un média comme les autres.
Il se distingue par :
l’absence totale de publicité,
une indépendance éditoriale réelle,
des enquêtes susceptibles de déranger les industriels.
Ses études ont régulièrement mis en cause :
des géants de la grande distribution,
des multinationales du numérique,
des fabricants de produits technologiques ou alimentaires.
Dernier exemple marquant, une enquête récente sur la fiabilité des smartphones, qui contredisait les discours marketing dominants et mettait en difficulté certaines marques majeures.
Un média qui informe sans dépendre de la publicité est un média qui gêne.
Les conséquences directes pour les consommateurs
La privatisation de 60 Millions de Consommateurs ouvre plusieurs risques majeurs :
🔴 Perte d’indépendance
Un média racheté par un acteur privé devra composer avec :
des impératifs commerciaux,
des annonceurs,
des partenariats économiques.
🔴 Affaiblissement du contre-pouvoir
Moins d’enquêtes critiques signifie :
moins de transparence,
moins de protection pour les consommateurs,
plus de latitude pour les lobbies.
🔴 Concentration de l’information
Dans un paysage médiatique déjà dominé par quelques grands groupes, la disparition d’un média public indépendant accentue l’uniformisation des discours.
Une alerte démocratique, au-delà des clivages politiques
La gravité de la situation a suscité une mobilisation rare, rassemblant :
des journalistes d’investigation,
des économistes,
des scientifiques,
des responsables politiques de sensibilités opposées.
Cette convergence est révélatrice :il ne s’agit pas d’un combat partisan, mais d’un enjeu démocratique fondamental.
Ce que révèle réellement cette décision
Derrière la liquidation de l’INC, une question centrale se pose :
Peut-on encore parler de protection des citoyens quand on affaiblit volontairement les outils qui les défendent face aux puissances économiques ?
Dans une démocratie, l’information indépendante n’est pas un coût, c’est un investissement dans la confiance, la transparence et l’égalité.
Chez Libres & Égaux, nous considérons que cette décision :
fragilise les consommateurs,
renforce les déséquilibres entre citoyens et lobbies,
affaiblit un pilier essentiel du débat public.
Ce combat dépasse un magazine, il concerne le droit de chaque citoyen à une information libre, rigoureuse et indépendante.
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Marc MAUCO
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