Ils ne créent pas des problèmes, ils créent des entreprises
- Marc Mauco

- 9 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dans le débat public, les quartiers populaires et les enfants de l’immigration sont souvent associés aux mêmes mots : “insécurité”, “délinquance”, “repli communautaire”.
On parle beaucoup moins d’une réalité pourtant massive et mesurable : le nombre d’entreprises créées, tenues, maintenues par ces mêmes populations. Des entreprises parfois très modestes, parfois plus solides mais qui ont toutes un point commun, elles portent la France du quotidien.

Mon article n’est pas là pour idéaliser qui que ce soit mais pour rétablir un équilibre, on ne peut pas continuer à réduire des millions de personnes à des problèmes en passant sous silence leur rôle économique.
Derrière les rideaux métalliques : des parcours d’entrepreneurs
Lorsque l’on traverse une grande ville ou une banlieue populaire, que voit-on ?
des snacks,
des cafés et brasseries,
des épiceries,
des salons de coiffure et barbiers,
des restaurations rapides,
des petites entreprises de bâtiment,
des sociétés de livraison, de transport,
des auto-écoles,
des services informatiques ou de téléphonie,
des structures d’aide à domicile, de garde d’enfants.
Très souvent, ces entreprises sont tenues par :
des enfants d’ouvriers,
des enfants d’immigrés,
des personnes qui ont grandi dans des familles modestes,
des habitants de quartiers populaires qui ont décidé de “se débrouiller par eux-mêmes” en créant leur activité.
Derrière un rideau métallique qui s’ouvre chaque matin,il y a :
un bail à payer,
des factures à honorer,
un stock à maintenir,
un emprunt à rembourser,
des charges sociales et fiscales à assumer.
On est loin du cliché de la “victime passive du système”. On est face à de véritables prises de risque.
L’entrepreneuriat comme réponse à la fermeture des portes
Pourquoi trouve-t-on autant d’entrepreneurs dans ces populations ?
Pour une raison simple et dure à la fois : lorsque les portes de l’emploi stable se ferment, l’auto-entreprise et le commerce deviennent parfois les seules issues.
Beaucoup de ces entrepreneurs :
ont envoyé des dizaines de CV restés sans réponse,
ont subi des discriminations à l’embauche à cause de leur nom, de leur adresse, de leur apparence,
se sont heurtés à des plafonds de verre dans certaines entreprises,
ont compris qu’ils auraient plus de chances en créant leur propre activité qu’en attendant que le marché du travail se “corrige” tout seul.
Créer une entreprise dans ces conditions ce n’est pas un caprice, c’est un acte de survie et souvent, un acte de dignité.
Des employeurs locaux pour des publics que personne ne regarde
Ces entreprises ne créent pas seulement leur propre emploi, elles en créent pour d’autres.
Elles embauchent :
un cousin, un ami, un voisin,
un jeune du quartier en apprentissage,
quelqu’un en réinsertion,
des personnes que les grandes structures n’auraient pas regardées.
Elles offrent :
un premier contrat,
un premier salaire,
une première ligne sur un CV,
une première expérience professionnelle structurante.
Ce sont des employeurs de proximité qui connaissent le quartier, les familles, les histoires. Elles jouent souvent un rôle social informel : conseil, mise en relation, soutien.
Lorsque l’on efface cette dimension, on perd une partie de la vérité sur ce que sont vraiment ces territoires.
Une contribution fiscale et sociale bien réelle
Ces entreprises paient :
des cotisations sociales,
des impôts (même si parfois modestes),
la TVA sur leurs achats,
des loyers,
des assurances,
des taxes diverses.
Même lorsqu’elles dégagent peu de bénéfices, elles contribuent au financement du système collectif :
retraites,
santé,
allocations,
services publics.
On résume trop souvent leur présence à la consommation de services publics sans parler de tout ce qu’elles versent au pot commun.
Là encore, le contraste est violent :
dans les discours, on les suspecte de “coûter”,
dans la réalité, elles paient comme les autres parfois plus cher, compte tenu de leur risque et de leur fragilité.
La vulnérabilité de ces entreprises : entre crises, contrôles et fatigue
Ces entreprises sont aussi extrêmement vulnérables.
Elles subissent de plein fouet :
les hausses de loyers commerciaux,
les variations du coût de l’énergie,
les crises économiques, sanitaires, sociales,
les retards de paiement de certains clients,
la concurrence des grandes enseignes et des plateformes.
Elles sont souvent sur-endettées, sans trésorerie de secours sans “coussin familial” ou patrimoine pour rattraper un coup dur.
Quand elles ferment, ce ne sont pas seulement des chiffres dans un registre qui disparaissent.
Ce sont :
des emplois perdus,
un service de proximité en moins,
un lieu de vie qui s’éteint,
une famille qui voit des années d’efforts s’effondrer.
Pourtant, ces faillites individuelles restent invisibles dans le débat national.
Pourquoi ce récit entrepreneurial est-il si peu valorisé ?
Plusieurs raisons expliquent ce silence relatif :
Les projecteurs sont tournés ailleurs - Les médias se concentrent soit sur les “success stories” spectaculaires, soit sur les faits divers dramatiques. Entre les deux, la masse de l’entrepreneuriat populaire reste dans l’ombre.
Ce récit bouscule les préjugés - Reconnaître que les quartiers populaires et les diasporas sont des foyers d’initiative économique, ce n’est pas compatible avec la figure du “profiteur passif”.
Il oblige à parler de discriminations structurelles - Si autant de personnes se tournent vers l’auto-entreprise par défaut, c’est que le marché du travail n’est pas neutre. Cela oblige à poser des questions dérangeantes.
Il redistribue la question de la “légitimité” - Un entrepreneur qui paie son bail, ses charges et ses impôts, dans un quartier populaire a autant de légitimité à parler de la France qu’un dirigeant du CAC 40, ce constat ne plaît pas à tout le monde.
Le regard depuis Gennevilliers : une France qui se bat, pas qui se replie
Dans une ville comme Gennevilliers, on voit concrètement cette France qui se bat :
des garages automobiles tenus par des familles depuis des années,
des restaurants ouverts midi et soir,
des petites sociétés de BTP, de transport, de logistique,
des salons de coiffure, d’esthétique, de téléphonie,
des commerces qui survivent malgré les crises.
On y voit des entrepreneurs :
qui jonglent avec les factures,
qui gèrent les relations avec les banques,
qui embauchent localement,
qui participent aux associations,
qui tiennent malgré tout.
Ce sont ces visages-là qu’il faut montrer lors qu’on parle de “la contribution des quartiers à la France”.
Libres & Égaux : remettre l’entrepreneur populaire au centre du récit national
L’ambition de Libres & Égaux France est de porter ce message :
ceux qu’on stigmatise comme “problème”sont aussi, très concrètement,des solutions économiques pour le pays ;
ils créent de l’emploi,de la valeur,du lien social ;
ils démontrent, par leurs actes,qu’on peut choisir la France comme terrain de jeu entrepreneurial,même lorsqu’on n’a pas toutes les cartes en main au départ.
Cela suppose :
de les reconnaître,
de les protéger mieux,
de les accompagner,
de leur donner une place dans le débat public.
Changer la question
Au lieu de se demander en boucle : “Que font ces gens pour s’intégrer ? ”il serait plus honnête de poser une autre question :
“Que serait la France sans toutes les entreprises qu’ils créent et les emplois qu’ils maintiennent souvent dans les conditions les plus difficiles ?”
Ils ne créent pas des problèmes, ils créent des entreprises. Et derrière chaque entreprise ,il y a une part de la France qui tient encore debout, malgré tout.
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Marc MAUCO


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