Immigration algérienne, marocaine, tunisienne, ce que disent vraiment les chiffres.
- Marc Mauco

- 11 déc. 2025
- 5 min de lecture
On parle beaucoup d’“immigration”, rarement de réalité, on parle de “grand remplacement”, jamais de proportions. On pointe “l’Algérie” comme problème, on oublie que le Maroc est la première communauté en dynamique, que l’immigration tunisienne explose, et que tout cela, mis bout à bout, reste une minorité numérique dans une France de plus de 68 millions d’habitants.
Trois rapports récents de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) portent précisément sur l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Ils sont souvent utilisés pour alimenter la peur.
On va faire exactement l’inverse : les lire froidement, comparer, et en tirer une lecture apaisée, lucide, utile.

Trois diasporas puissantes mais toujours minoritaires
Les rapports confirment une chose simple, l’immigration maghrébine est visible, structurée, mais reste minoritaire dans la population française.
Diaspora algérienne : environ 2,7 millions de personnes sur trois générations (immigrés + descendants).
Diaspora marocaine : autour de 2 millions de personnes si l’on additionne immigrés, binationaux et enfants nés en France.
Diaspora tunisienne : près de 900 000 personnes sur trois générations.
Même en les additionnant, on reste loin d’un “remplacement”, on parle de quelques millions de personnes dans un pays de plus de 68 millions d’habitants. La France reste massivement composée de Français sans ascendance migratoire récente.
Autrement dit, les chiffres réels détruisent le mythe du grand remplacement.
Algérie : la communauté la plus ancienne et l’accord le plus protecteur
L’Algérie est la communauté la plus ancienne et la plus nombreuse en “stock” d’immigrés :
une présence structurée depuis plus de 70 ans,
un accord bilatéral datant de 1968, qui offre un régime spécifique.
Cet accord franco-algérien donne plusieurs avantages juridiques aux Algériens :
des facilités d’installation pour les commerçants, artisans, indépendants ;
des conditions plus favorables pour obtenir une carte de résident de 10 ans ;
un cadre particulier pour la vie familiale.
Cet accord est souvent attaqué par certains think tanks ou partis politiques qui le qualifient de “trop généreux”.Mais il faut rappeler deux choses :
Il est le résultat de l’histoire coloniale et de la guerre d’Algérie : c’est un engagement politique de long terme entre deux États liés par un passé lourd.
Il a permis à des centaines de milliers d’Algériens de s’installer légalement, de travailler, d’entreprendre, de fonder des familles, de contribuer à l’économie française.
Les rapports eux-mêmes le reconnaissent indirectement, la communauté algérienne établie en France est stable, installée, durable, ce n’est pas une vague incontrôlée, c’est une population ancrée, intergénérationnelle, française pour une part de plus en plus importante.
Maroc : la première communauté en dynamique et en accès à la nationalité
Là où les fantasmes se trompent encore davantage, c’est sur le Maroc.
Les rapports montrent que :
les Marocains sont, depuis plusieurs années, la première nationalité pour les nouveaux titres de séjour délivrés chaque année ;
ils sont également les premiers bénéficiaires des naturalisations françaises ;
l’augmentation des titres de séjour pour les Marocains est l’une des plus fortes de ces dix dernières années.
Autrement dit, si on ne regarde que les flux récents (les nouveaux arrivants, les nouvelles cartes, les nouvelles nationalisations),ce n’est pas l’Algérie qui arrive en tête, mais le Maroc.
C’est important pour une raison simple, quand certains débats télévisés insistent exclusivement sur “le problème algérien”, ils oublient (volontairement) que la dynamique la plus forte est marocaine.
Et surtout : ces chiffres ne signent pas un danger, ils montrent surtout que la France reste un pays attractif pour :
des étudiants marocains,
des ingénieurs,
des salariés,
des regroupements familiaux légaux.
C’est aussi un atout stratégique pour la France :une diaspora marocaine bien intégrée, francophone, éduquée, qui sert de pont économique, culturel et politique avec le royaume.
Tunisie : la progression la plus rapide, dans un cadre ciblé
La Tunisie n’a pas les mêmes volumes que l’Algérie ou le Maroc, mais sa progression est impressionnante :
le nombre d’immigrés tunisiens a augmenté de plus de 50 % en une quinzaine d’années ;
rapporté à la population du pays, c’est l’un des taux de départ les plus élevés du Maghreb ;
ils bénéficient d’accords bilatéraux ciblés, notamment pour les étudiants et les professionnels.
Là encore, certains rapports utilisent ces chiffres pour alerter sur une “explosion” de l’immigration tunisienne, on peut les lire complètement autrement :
la France est vue comme un partenaire éducatif (études supérieures, grandes écoles, écoles d’ingénieurs) ;
les Tunisiens investissent dans des voies qualifiées (santé, numérique, ingénierie, recherche) ;
la diaspora tunisienne est un levier de coopération économique et un relais francophone important.
Oui, la progression est rapide, non, cela ne signifie pas un déstabilisation du pays. Cela signifie surtout que la France reste attractive pour ces profils, et que l’enjeu est d’en faire une réussite partagée.
Des accords “favorables” qui sont surtout des outils géopolitiques
Les trois pays disposent d’accords avec la France qui, globalement, leur donnent des conditions plus souples que le droit commun :
l’Algérie avec son accord de 1968,
le Maroc avec l’accord de 1987,
la Tunisie avec l’accord de 1988 complété en 2008.
On peut les présenter comme des “privilèges”, on peut aussi les regarder pour ce qu’ils sont réellement :
des instruments de stabilité entre la France et trois pays stratégiques,
des outils d’organisation des mobilités humaines (travail, études, famille),
des ponts économiques pour l’investissement, la coopération, le tourisme, les échanges commerciaux.
En réalité, ces accords servent aussi la France :
– ils facilitent le recrutement de médecins, d’ingénieurs, de chercheurs ;
– ils structurent les flux au lieu de les laisser dans l’illégalité ;
– ils créent des élites binationales capables de faire le lien entre les deux rives.
Rappeler une vérité simple : l’immigration reste une minorité
Les discours sur le “grand remplacement” reposent sur une chose, l’oubli volontaire des proportions.
Même en prenant :
tous les immigrés,
tous leurs enfants,
toutes les générations issues du Maghreb,
on reste dans une minorité de la population française.
Les chiffres sur l’islam en France (environ 7 % de la population) vont dans le même sens, il n’y a ni envahissement, ni basculement démographique, ni renversement de majorité.
Ce qu’il y a, en revanche :
une France plus diverse,
des diasporas visibles,
des tensions attisées par certains médias et partis qui utilisent les rapports chiffrés pour construire une narration de peur.
Les mêmes chiffres, lus autrement, disent, la France est un pays d’immigration modérée, structurée, encadrée, qui tire une partie de sa vitalité de ses liens avec l’Algérie, le Maroc, la Tunisie.
Comment utiliser ces rapports autrement
Tu peux donc, dans tes communications, t’appuyer sur ces trois rapports pour :
Casser les fantasmes
Montrer que oui, il existe des accords et des avantages,
mais que tout cela reste dans le cadre de la loi, des traités, de l’histoire commune.
Remettre l’Algérie à sa juste place
Cesser de faire de l’Algérie “le problème unique”,
rappeler que la dynamique la plus forte, en flux récents, est marocaine,
que la progression tunisienne est spectaculaire,
et que l’ensemble reste minoritaire dans le pays.
Valoriser les diasporas
en expliquant qu’elles sont une force économique, linguistique, culturelle ;
en rappelant qu’elles font tourner des secteurs entiers : restauration, santé, BTP, commerce, transport, numérique, etc.
Refuser le vocabulaire du danger
ne pas reprendre les termes alarmistes,
parler plutôt de responsabilité, de cohésion, de débat lucide,
et rappeler que l’enjeu n’est pas de désigner des boucs émissaires, mais de construire un projet commun.
Les rapports de l’OID sont souvent utilisés pour alimenter une vision anxieuse, voire hostile, de l’immigration maghrébine.
En les lisant autrement, on voit autre chose :
une France interconnectée avec l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ;
des accords construits sur l’histoire, l’économie, la géopolitique ;
des diasporas qui restent minoritaires, mais centrales pour l’avenir du pays.
Le vrai enjeu, ce n’est pas de savoir si “il y a trop d’Algériens, de Marocains ou de Tunisiens”.
Le vrai enjeu, c’est de savoir ce qu’on fait ensemble de cette réalité, un prétexte pour se diviser, ou une chance pour construire une France forte, juste, fidèle à sa devise qui est Liberté, Égalité, Fraternité.
Libres dans nos choix
Egaux dans nos droits
Marc MAUCO




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