Franco-Algériens : quand le JDD transforme la binationalité en soupçon de loyauté
Quand la binationalité devient une suspicion politique
Dans une chronique publiée le 8 septembre 2026 par le Journal du Dimanche, l’ancien ambassadeur de France en Algérie Xavier Driencourt s’interroge longuement sur la binationalité franco-algérienne.
Le titre annonce déjà la ligne retenue : « Crise France-Algérie : le double jeu du régime de Tebboune sur les binationaux ».
L’article pourrait constituer une réflexion historique sur les négociations d’Évian et sur les rapports complexes entre nationalité française et nationalité algérienne.
Mais très rapidement, une autre question apparaît derrière l'analyse juridique : celle de la loyauté supposée des Franco-Algériens.
Xavier Driencourt demande notamment s'ils se sentent « d'abord Français » ou « de préférence Algériens », évoquant même la présence de drapeaux algériens dans les stades de football.
Il pose ensuite cette question :
En cas de conflit entre les deux États, quelle serait leur attitude ?
C'est précisément là que le débat change de nature.
On ne parle plus simplement de droit.
On installe un soupçon.

Être Franco-Algérien ne signifie pas avoir une loyauté partagée
La France reconnaît parfaitement la pluralité de nationalités.
Le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères le rappelle très clairement : posséder une ou plusieurs autres nationalités n'a, en principe, aucune incidence sur la nationalité française.
Plus important encore, l'administration française précise qu'elle ne fait aucune distinction entre les binationaux et les autres Français concernant les droits et devoirs attachés à la citoyenneté.
Un Franco-Algérien est donc Français.
Pas Français sous condition.
Pas Français jusqu'à preuve du contraire.
Pas Français seulement lorsqu'il renonce à toute forme d'attachement culturel, familial ou affectif à l'Algérie.
Un drapeau de football n'est pas un test de citoyenneté
Associer la présence d'un drapeau algérien dans un stade à une interrogation sur la loyauté nationale pose un véritable problème.
Des millions de personnes dans le monde soutiennent une équipe correspondant au pays de leurs parents ou de leurs grands-parents sans que cela remette en cause leur citoyenneté.
On peut être Français et aimer l'Algérie.
On peut être Français et avoir de la famille à Oran, Alger, Constantine ou Tlemcen.
On peut soutenir l'équipe nationale algérienne et voter en France.
On peut aimer deux cultures sans vivre dans deux camps opposés.
La citoyenneté ne se mesure pas au drapeau brandi pendant 90 minutes dans une tribune.
Les accords d'Évian ne disent pas ce que certains voudraient leur faire dire en 2026
La chronique revient longuement sur les négociations ayant précédé les accords d'Évian.
Il faut commencer par rappeler une date : les accords d'Évian ont été signés le 18 mars 1962, après plusieurs mois de négociations engagées notamment en 1961.
Les archives diplomatiques françaises mettent aujourd'hui à disposition une partie importante des procès-verbaux et documents concernant ces discussions.
Oui, Français et Algériens avaient à l'époque des conceptions profondément différentes du futur statut des habitants de l'Algérie indépendante.
Mais il faut rappeler le contexte.
Nous sommes alors à la fin de 132 années de colonisation française et de près de huit années de guerre.
Les négociateurs ne sont pas en train d'imaginer le statut des Franco-Algériens qui vivront en France en 2026.
Ils négocient la naissance d'un État indépendant et le devenir des différentes populations vivant alors en Algérie.
Faire de ces échanges de 1961-1962 une sorte de doctrine définitive applicable six décennies plus tard à plusieurs générations de citoyens français constitue donc un raccourci historique considérable.
Accord de 1968 : parler de « privilèges » est déjà un choix éditorial
La chronique évoque ensuite les « privilèges particuliers » dont bénéficieraient les Algériens en France grâce à l'accord franco-algérien de 1968.
Là encore, les mots comptent.
Ce que prévoit réellement l'accord franco-algérien
L'accord du 27 décembre 1968 porte principalement sur :
la circulation ;
l'emploi ;
le séjour en France ;
la situation des ressortissants algériens et de leurs familles.
Il constitue un régime juridique bilatéral particulier et a été modifié à plusieurs reprises, notamment en 1994 et en 2001.
Parler systématiquement de « privilèges » transforme donc un mécanisme juridique bilatéral en avantage politique supposément accordé à une population.
Or un accord international est le résultat d'une négociation entre deux États.
Il comporte des droits, des obligations, des règles particulières et des évolutions successives.
Le présenter uniquement comme une faveur accordée à l'Algérie contribue déjà à orienter le lecteur.
« L'Algérie ne reconnaît pas la double nationalité » : une affirmation à nuancer
L'une des affirmations importantes de la chronique est que l'Algérie ne reconnaîtrait pas la double nationalité.
La réalité juridique mérite davantage de précision.
Des Algériens peuvent posséder simultanément une autre nationalité.
Le véritable problème est différent : lorsqu'un Franco-Algérien se trouve en Algérie, les autorités algériennes peuvent le considérer avant tout comme ressortissant algérien.
Et ce phénomène n'est pas spécifiquement algérien.
France Diplomatie explique précisément que lorsqu'un binational se trouve dans le pays dont il possède également la nationalité, il peut être considéré par les autorités de ce pays comme leur ressortissant exclusif.
La capacité d'intervention du consulat français peut alors être limitée.
Autrement dit, il existe une vraie difficulté de protection consulaire.
Mais elle ne démontre pas un prétendu « double jeu » propre à l'Algérie.
La France elle-même organise juridiquement la situation des Franco-Algériens
Un autre fait mérite d'être rappelé.
La France et l'Algérie disposent par exemple d'accords spécifiques concernant les obligations de service national des personnes possédant les deux nationalités.
France Diplomatie cite explicitement l'accord bilatéral franco-algérien du 11 octobre 1983.
Cela montre quelque chose d'essentiel : la binationalité franco-algérienne n'est ni une anomalie ni un vide juridique.
Elle est une réalité connue, encadrée et traitée depuis des décennies par les deux États.
Pourquoi imaginer un conflit entre la France et l'Algérie ?
C'est probablement le passage le plus préoccupant de la chronique.
Pourquoi demander publiquement ce que feraient les Franco-Algériens « en cas de conflit entre les deux États » ?
Quel est le fait d'actualité qui justifie de demander à plusieurs millions de personnes de choisir symboliquement leur camp ?
Aucun.
Cette hypothèse produit néanmoins un résultat politique immédiat : elle transforme la double appartenance culturelle ou familiale en risque potentiel.
Le Franco-Algérien cesse alors d'être simplement un citoyen.
Il devient quelqu'un dont il faudrait anticiper la réaction en cas de crise.
C'est une mécanique classique du soupçon identitaire.
De l'analyse diplomatique au procès permanent des Franco-Algériens
Il est parfaitement légitime de critiquer le gouvernement algérien.
Il est légitime d'étudier les décisions du président Abdelmadjid Tebboune.
Il est légitime de discuter des conditions d'entrée en Algérie, de la protection consulaire, des accords de 1968 ou des désaccords diplomatiques entre Paris et Alger.
Mais il existe une frontière importante entre la critique d'un État et la mise en accusation implicite d'une population.
Cette frontière est franchie lorsque l'on demande à des citoyens français de démontrer qu'ils sont « d'abord Français ».
Pourquoi cette question est-elle posée presque exclusivement à certaines populations ?
Demande-t-on régulièrement aux Franco-Américains ce qu'ils feraient en cas de désaccord majeur entre Paris et Washington ?
Aux Franco-Israéliens ?
Aux Franco-Italiens ?
Aux Franco-Portugais ?
Aux Franco-Marocains ?
La question devient particulièrement insistante lorsqu'il est question des Français d'origine algérienne.
Et c'est précisément ce qui mérite d'être interrogé.
L'Algérie comme sujet permanent du débat politique français
Depuis plusieurs années, la relation franco-algérienne n'est presque plus présentée uniquement comme une question diplomatique.
Elle devient régulièrement un sujet politique intérieur français.
Les accords de 1968.
Les visas.
Les OQTF.
La double nationalité.
L'immigration.
L'islam.
La mémoire coloniale.
Les supporters de football.
Le voile.
Et parfois même la loyauté des citoyens.
Chaque sujet différent finit par conduire à la même population.
Les Franco-Algériens.
Cette répétition participe à installer l'idée selon laquelle ils constitueraient un problème politique particulier.
C'est exactement ce que nous refusons.
La double culture n'est pas une menace pour la République
La France contemporaine est composée de millions de citoyens ayant des histoires familiales multiples.
Cette diversité n'est pas incompatible avec la République.
Elle en fait partie.
Être attaché à l'histoire de ses parents ne signifie pas rejeter son pays.
Aimer l'Algérie ne signifie pas moins aimer la France.
Et défendre une relation apaisée entre Paris et Alger ne signifie pas soutenir toutes les décisions du gouvernement algérien.
Il est parfaitement possible d'être exigeant envers les deux pays tout en refusant les caricatures.
Cercle DZ : transformer les liens franco-algériens en projets plutôt qu'en conflits
C'est précisément la philosophie qui anime Cercle DZ.
Cercle DZ est une plateforme de networking et de mise en relation destinée à la diaspora algérienne.
Sa mission n'est pas d'enfermer les personnes dans une origine.
Elle est au contraire de transformer une communauté dispersée en réseau d'action.
Entrepreneurs, salariés, porteurs de projets, étudiants, investisseurs, associations et professionnels peuvent s'y rencontrer autour d'un principe simple :
les connexions créent des opportunités.
Cercle DZ développe notamment des rencontres affinitaires, des tables de networking, des événements, des communautés thématiques et des mises en relation professionnelles.
L'objectif est concret :
créer des partenariats, favoriser l'entrepreneuriat, développer les échanges entre la France, l'Algérie et le reste du monde et permettre à chacun d'utiliser la force de son réseau.
La vision de Marc Mauco construire des ponts plutôt que fabriquer des ennemis
Fondateur de Cercle DZ et président-fondateur de Libres & Égaux France, Marc Mauco défend depuis plusieurs années une conviction simple : les relations entre la France et l'Algérie gagneront davantage par la coopération, l'économie, les échanges humains et la connaissance mutuelle que par la confrontation permanente.
Cela ne signifie pas nier les désaccords.
Cela ne signifie pas défendre un gouvernement contre un autre.
Cela signifie refuser que des millions de Français deviennent les victimes collatérales des tensions diplomatiques ou des stratégies électorales.
La diaspora algérienne en France représente des entrepreneurs, des médecins, des enseignants, des cadres, des artisans, des étudiants, des commerçants, des chercheurs, des salariés et des créateurs.
Elle ne doit pas être réduite à une question de loyauté, elle constitue aussi une formidable passerelle économique, culturelle et humaine entre les deux rives de la Méditerranée.
Notre réponse : les faits, le dialogue et la construction
Face aux discours qui opposent systématiquement France et Algérie, nous continuerons à défendre une autre voie.
Une voie où un Franco-Algérien n'a pas à choisir entre ses parents et son passeport.
Une voie où la critique des gouvernements reste possible sans attaquer les populations.
Une voie où la mémoire est étudiée plutôt qu'instrumentalisée.
Une voie où la diaspora devient un acteur de coopération plutôt qu'un sujet de suspicion.
Et surtout une voie où l'on juge les citoyens sur ce qu'ils font, et non sur le pays d'origine de leurs parents ou sur le drapeau qu'ils peuvent brandir dans un stade.
FAQ – Franco-Algériens, double nationalité et accord de 1968
La France autorise-t-elle la double nationalité ?
Oui. La possession d'une autre nationalité n'a en principe aucune incidence sur la nationalité française et la France ne distingue pas les binationaux des autres Français concernant leurs droits et devoirs.
Un Franco-Algérien est-il pleinement Français ?
Oui. Dès lors qu'il possède la nationalité française, il dispose des mêmes droits et devoirs liés à cette nationalité que les autres citoyens français.
L'accord franco-algérien de 1968 concerne-t-il la double nationalité ?
Non. Il concerne principalement la circulation, l'emploi et le séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles.
Les accords d'Évian ont-ils été signés en 1961 ?
Non. Les négociations ont notamment commencé en 1961, mais les accords ont été signés le 18 mars 1962.
La France peut-elle toujours protéger un Franco-Algérien détenu en Algérie ?
Pas nécessairement dans les mêmes conditions que pour un Français ne possédant pas la nationalité algérienne. Les autorités du pays de l'autre nationalité peuvent limiter la protection consulaire française.
Une nationalité n'est pas un interrogatoire de loyauté
La chronique du JDD peut se lire comme une analyse des relations franco-algériennes.
Mais lorsqu'elle demande aux Franco-Algériens s'ils sont « d'abord Français », évoque les drapeaux des stades et imagine leur comportement en cas de conflit entre Paris et Alger, elle introduit autre chose dans le débat public :
le soupçon.
Et ce soupçon doit être refusé.
La critique de l'Algérie est légitime, la critique de la France l'est également mais les citoyens français d'origine algérienne n'ont pas à passer continuellement un examen de patriotisme.
Ils sont citoyens et c'est suffisant !
Marc MaucoFondateur de Cercle DZPrésident-fondateur de Libres & Égaux France
Cercle DZ — Le réseau d'action de la Diaspora Algérienne




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