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« La France a construit l’Algérie », un mythe politique qu’il faut déconstruire.

Il est répété du matin au soir par certaines personnalités politiques françaises :

« La France a construit l’Algérie, » routes, écoles, hôpitaux.

Comme si ces infrastructures avaient été offertes, comme si elles étaient le fruit d’une générosité métropolitaine.

Ce récit est faux.

Et il est temps de le dire clairement.



« La France a construit l’Algérie », un mythe politique qu’il faut déconstruire.

La règle de l’autosuffisance : les colonies payaient leurs propres infrastructures

À partir de 1901, la France impose aux colonies la règle dite de l’« autosuffisance budgétaire ».


Cela signifie quoi ?

Aucun financement structurel de la métropole pour les dépenses civiles, chaque territoire devait financer son administration et ses infrastructures avec ses propres recettes.

Les routes, les écoles et les hôpitaux n’étaient pas payés par « Paris », ils étaient financés par les impôts, les taxes et le travail des populations colonisées.


Les travaux des économistes Denis Cogneau et Elise Huillery montrent que, sur l’ensemble de la période coloniale (1833–1962), la France a consacré à peine 1 % de son PIB annuel aux colonies et majoritairement pour des dépenses militaires.

Autrement dit, l’argent métropolitain servait surtout à maintenir l’ordre colonial, les dépenses civiles étaient couvertes localement.


132 ans de colonisation : qui a financé quoi ?

Contrairement à ce qui est rabâché aujourd’hui, y compris par des responsables politiques, l’Algérie n’a jamais été « construite » par la France comme un cadeau civilisationnel.

Pendant 132 ans de colonisation :

  • les infrastructures civiles étaient financées par les recettes locales,

  • les impôts étaient prélevés sur les Algériens,

  • le travail local, souvent sous-payé ou contraint, était mobilisé.

Depuis toujours y compris durant la colonisation l’Algérie a été construite par les Algériens et grâce à l’argent des Algériens.


Le pillage économique : une réalité documentée

Il faut également rappeler un élément central que le récit politique omet volontairement, les richesses naturelles et agricoles de l’Algérie étaient exploitées au profit de la puissance coloniale.

Les ressources extraites, les productions agricoles, les matières premières servaient d’abord les intérêts économiques français.


Le système colonial était structuré autour :

  • de l’exportation vers la métropole,

  • de l’intégration forcée dans l’économie française,

  • d’une hiérarchisation économique où les décisions majeures étaient prises hors du territoire algérien.

Ce modèle n’était pas conçu pour développer souverainement l’Algérie, il était conçu pour servir les intérêts de la puissance coloniale.


Dire que « la France a construit l’Algérie » sans rappeler cette réalité revient à effacer :

  • les contributions fiscales locales,

  • le travail des populations,

  • la logique extractive du système colonial.


Le mythe du « cadeau »

OUI, des routes ont été construites,

OUI, des écoles ont existé,

OUI, des hôpitaux ont été édifiés.

Mais ils n’étaient ni un don, ni une générosité.


Ils répondaient à des logiques :

  • administratives,

  • militaires,

  • économiques,

  • de circulation des marchandises.

Et ils étaient financés par les ressources locales !!!


Transformer cette réalité en récit glorieux est une simplification politique, une véritable instrumentalisation.


Pourquoi ce récit persiste-t-il ?

Parce qu’il permet de moraliser la colonisation et de la présenter comme un acte de bienveillance.


Parce qu’il évite de parler :

  • de domination politique,

  • d’inégalités juridiques,

  • d’exploitation économique,

  • de confiscation des richesses.

Ce récit rassure, il déculpabilise et il simplifie l'histoire francaise.

Mais l’histoire économique documentée est plus complexe et plus exigeante.


Rétablir les faits n’est pas attaquer la France

Dire que les infrastructures coloniales ont été financées par les Algériens eux-mêmes ne signifie pas haïr la France, cela signifie respecter la vérité historique.


Un pays mature n’a pas besoin de mythes pour exister, il peut regarder son histoire en face.

Ce qui est problématique, ce n’est pas le débat mais des slogans.

L’Algérie n’a pas été « construite » par un acte de générosité extérieure, elle s’est construite par le travail de ses habitants, y compris sous domination coloniale, souvent dans des conditions profondément inégalitaires.


L’histoire mérite mieux que des phrases répétées sans vérification et la mémoire collective mérite mieux qu’un slogan politique.


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Marc MAUCO

 
 
 

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