“Maîtres” : au cœur des cabinets d’avocates qui tiennent la ligne face à la machine administrative
- Marc Mauco

- 7 déc. 2025
- 2 min de lecture
En 2023 est sorti un documentaire discret mais essentiel : “Maîtres”, réalisé par Swen de Pauw. Pendant un an, la caméra a suivi deux avocates spécialisées en droit des étrangers à Strasbourg, dans leur cabinet, au plus près des réalités administratives et humaines.
Ce film résume à lui seul ce que vivent chaque jour des milliers de personnes et celles et ceux qui les défendent.

Une plongée dans la “xénophobie administrative”
Plusieurs critiques ont parlé à propos de ce film de “xénophobie administrative” : non pas une haine affichée, mais un empilement de procédures, de formulaires, de guichets fermés, de délais intenables, qui aboutissent à exclure des personnes bien intégrées.
Le film montre :
des rendez-vous au cabinet où des familles expliquent qu’elles vivent en France depuis 10 ans,
des étudiants qui ne comprennent pas pourquoi leur titre n’est pas renouvelé,
des couples mixtes qui se heurtent à des soupçons systématiques,
des travailleurs épuisés qui ne savent plus comment faire face à une nouvelle OQTF.
Les avocates, elles, écoutent, expliquent, recadrent, elles ne promettent pas l’impossible.Mais elles reconstituent patiemment les dossiers, rassemblent les preuves, écrivent les recours.
Le contraste entre les discours politiques et la réalité des dossiers
Dans le débat public, on parle d’“invasion”, de “submersion”, de “flux incontrôlés”.Dans les bureaux des avocats, on voit surtout :
des vies entières construites ici,
des situations administratives absurdes,
des refus pour un tampon manquant, une date mal lue, un document égaré.
Le documentaire ne fait pas de grand discours, il montre, et ce qu’il montre rejoint les constats des associations et des décisions de justice : la machine administrative produit de l’injustice, et ce sont les avocats qui amortissent le choc.
Pourquoi le film "Maître" est précieux
Il met des visages sur des mots comme “sans-papiers”, “OQTF”, “titre de séjour”.
Il montre le travail réel d’un avocat en droit des étrangers, loin des clichés.
Il rappelle que derrière chaque dossier, il y a une famille, un projet, une dignité.
Pour le public français, ce film est un antidote à la caricature, pour celles et ceux qui vivent ces situations, il est une forme de reconnaissance : quelqu’un voit ce qui se passe.
L’angle que les médias devraient reprendre
Plutôt que de ne parler des étrangers qu’à travers des faits divers spectaculaires, les médias pourraient :
documenter davantage le rôle des avocats dans la protection des droits,
montrer les décisions de justice qui annulent des OQTF abusives,
expliquer concrètement comment la dématérialisation mal pensée fabrique de l’irrégularité.
Le film “Maîtres” ouvre cette porte à la société de la franchir.
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Marc MAUCO



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