Visa court séjour ou long séjour ? Le flou juridique qui piège les conjoints étrangers de Français
- Marc Mauco

- 13 déc. 2025
- 2 min de lecture
Chaque année, des milliers de ressortissants étrangers mariés à des citoyen(nes) français(es) se posent la même question légitime :
Quel visa demander pour venir s’installer en France ?
La réponse devrait être simple, elle ne l’est pas car aujourd’hui, le système français impose à ces familles une situation paradoxale, juridiquement floue et humainement éprouvante.

Une situation absurde, s’installer durablement avec un visa temporaire
Sur le site officiel France-Visa, les conjoints étrangers de Français sont orientés vers un visa court séjour Schengen (type C).
Problème :
ce visa est limité à 90 jours sur 180,
le formulaire est conçu pour un séjour temporaire,
alors que le projet est une installation définitive.
Résultat : des familles perplexes, des démarches incohérentes et une insécurité juridique permanente.
Ce que dit réellement le droit
L’accord franco-algérien de 1968
Contrairement à une idée répandue :
il ne dispense pas de visa,
il ne précise pas les conditions d’entrée pour les conjoints de Français.
Il régit surtout :
le droit au séjour,
pas le droit d’entrée.
Le droit de l’Union européenne
Le droit Schengen est clair :
tout ressortissant algérien doit avoir un visa pour entrer dans l’espace Schengen,
quel que soit le motif,
sauf s’il possède déjà un titre de séjour.
La contradiction majeure
La Cour de justice de l’UE rappelle pourtant qu’un visa court séjour ne peut pas servir à un séjour supérieur à 90 jours.
Or, c’est exactement ce que la France impose aux conjoints étrangers de Français.
La justice commence à reconnaître le problème
Face à ce non-sens, plusieurs juridictions administratives françaises ont été saisies.
Cour administrative d’appel de Nantes – 17 janvier 2025, la Cour reconnaît qu’un :
« visa de court séjour d’établissement présente la nature d’un visa de long séjour »
Autrement dit :
l’administration utilise un visa C,
pour produire les effets d’un visa D,
sans l’assumer juridiquement.
Les conséquences concrètes pour les familles
Ce flou n’est pas théorique. Il entraîne :
des refus d’embarquement,
des blocages en préfecture,
des retards de droits sociaux,
des ruptures de vie familiale,
et une dépendance excessive au bon vouloir administratif.
Ce sont des couples mariés, des parents, des enfants, pas des dossiers abstraits.
Ce qu’il faut comprendre (et retenir)
Les conjoints étrangers de Français ne sont pas dispensés de visa.
Ils ne sont pas hors-droit.
Ils sont victimes d’un vide juridique non résolu, toléré par l’administration.
La jurisprudence évolue, mais lentement.
L’État français doit clarifier officiellement cette situation.
Pourquoi ce sujet est fondamental
Parce qu’il ne s’agit pas :
d’immigration illégale,
ni de fraude,
ni de contournement.
Il s’agit :
du droit à la vie familiale,
de l’égalité devant la loi,
et du respect des couples mixtes.
Un État de droit ne peut pas fonctionner durablement sur des “bizarreries administratives”.
Aujourd’hui, les conjoints étrangers de Français vivent dans une zone grise juridique qui :
fragilise les familles,
crée de l’arbitraire,
alimente l’incompréhension et la défiance.
Clarifier ce point n’est pas un privilège, ’est une exigence de justice et de cohérence républicaine.
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Marc MAUCO



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