L’ «Iftar bling‑bling by Chalghoumi » qui dérange.
- Marc Mauco

- 14 mars
- 3 min de lecture
Le Ramadan est, pour les musulmans, un mois de spiritualité, de modestie et de partage. Un moment où les croyants sont invités à se recentrer sur l’essentiel : la foi, la solidarité avec les plus démunis et la purification intérieure. Pourtant, certains événements médiatisés semblent aujourd’hui transformer ce moment sacré en spectacle mondain. C’est le cas de ce qui a été présenté à Paris comme un « Iftar de la Paix ».
Derrière cette appellation consensuelle et séduisante se cache en réalité une soirée qui a suscité de nombreuses critiques, tant sur sa forme que sur son message.

Un Iftar très éloigné de l’esprit du Ramadan
Les images de cet « Iftar de la Paix » montrent une réception organisée dans un cadre prestigieux, proche des cercles du pouvoir et des institutions parisiennes. Tables élégantes, invités politiques, figures médiatiques et responsables religieux se retrouvent dans une ambiance qui ressemble davantage à un dîner diplomatique qu’à un moment de spiritualité.
Or, dans la tradition islamique, l’iftar est avant tout un moment simple, le Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) rompait son jeûne avec quelques dattes et de l’eau. L’esprit du Ramadan repose sur la sobriété, la générosité et le partage avec les plus pauvres.
Voir un iftar transformé en événement mondain, entouré de caméras et de discours officiels, donne à beaucoup l’impression d’un Ramadan mis en scène pour des raisons politiques ou médiatiques.
Un événement présenté comme interreligieux
Officiellement, l’événement se veut un symbole de dialogue entre les religions. Des représentants musulmans, juifs et politiques étaient présents autour des tables, et les discours évoquaient la paix et le rapprochement entre les peuples.
Sur le papier, l’idée du dialogue interreligieux n’est évidemment pas problématique. L’islam lui-même encourage la discussion et la coexistence pacifique entre les communautés.
Mais la question qui se pose est celle de la sincérité et de la nature de ces événements. Beaucoup d’observateurs estiment que ces iftars institutionnels servent davantage d’outil de communication politique ou diplomatique que de véritable moment spirituel.
Hassen Chalghoumi, une figure controversée
L’événement était notamment porté par Hassen Chalghoumi, imam franco-tunisien et président de la Conférence des imams de France.
Depuis plusieurs années, Chalghoumi est une figure très médiatisée en France. Il est régulièrement invité dans les débats publics sur la laïcité, la lutte contre l’islamisme ou les relations entre communautés religieuses.
Cependant, son positionnement suscite également de fortes critiques, certains acteurs du monde musulman contestent sa représentativité et estiment que sa visibilité médiatique est largement supérieure à son influence réelle au sein des communautés musulmanes françaises.
D’autres l’accusent d’incarner une figure d’« islam médiatique », souvent mise en avant par certains responsables politiques ou éditorialistes.
Ces critiques expliquent pourquoi sa présence à la tête d’un événement présenté comme représentatif des musulmans de France ne fait pas l’unanimité.
Quand le Ramadan devient un outil de communication
Au-delà de la personne de Chalghoumi, ce type d’événement soulève une question plus large : celle de la transformation du Ramadan en événement de communication.
Depuis quelques années, les iftars institutionnels se multiplient : dans les mairies, les ambassades, les ministères ou les grandes entreprises.
Si certains y voient un signe d’ouverture, d’autres y voient une forme de récupération symbolique d’un moment religieux profondément spirituel.
Le contraste est frappant entre ces réceptions luxueuses et la réalité vécue par de nombreux musulmans durant le Ramadan : prière, générosité envers les pauvres, repas simples en famille ou à la mosquée.
L’« Iftar bling‑bling » qui dérange
C’est précisément ce décalage qui a poussé certains observateurs à qualifier cet événement d’« Iftar bling‑bling ».
Dans un mois censé rappeler l’humilité et la solidarité avec les plus démunis, l’organisation d’une soirée prestigieuse entourée de personnalités politiques et médiatiques peut apparaître comme une contradiction profonde avec les valeurs spirituelles de l’islam.
Le Ramadan n’est pas censé être un outil d’influence, ni une scène de représentation politique. Il est avant tout un moment de retour à Dieu, de sincérité et de modestie.
Et c’est précisément pour cette raison que de nombreux musulmans s’interrogent aujourd’hui : ce type d’événement rapproche-t-il réellement les peuples ou éloigne-t-il simplement le Ramadan de son sens véritable ?



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