Le logement, première machine à fabriquer de l’insécurité économique en France
- Marc Mauco

- 18 déc. 2025
- 4 min de lecture
S’il fallait désigner une seule source structurelle d’angoisse économique en France, ce serait le logement. Avant l’emploi, avant les impôts, avant même l’inflation.
Le logement concentre aujourd’hui toutes les tensions, coût, accès, mobilité bloquée, endettement, renoncements, sentiment de déclassement.
Les chiffres officiels le confirment, le logement est devenu la première dépense contrainte et la première fabrique d’insécurité économique pour des millions de ménages.

Le logement n’est plus un poste de dépense, c’est une contrainte permanente
Pendant longtemps, le logement a été un socle de stabilité, aujourd’hui, il est devenu un facteur d’angoisse durable.
Selon l’Insee, les loyers continuent d’augmenter, même lorsque l’inflation ralentit, l’indice de référence des loyers (IRL) progresse encore de +0,87 % sur un an au T3 2025.
Cela peut paraître modéré sur le papier mais dans la réalité, cela s’ajoute à des loyers déjà élevés, sur des budgets déjà tendus. Le logement ne se renégocie pas facilement, il se subit.
L’effet cliquet : quand le coût du logement ne redescend jamais
Le piège du “ça se stabilise”
On entend souvent :« Les prix de l’immobilier se stabilisent, » c’est vrai et insuffisant.
Selon l’Insee, au troisième trimestre 2025 :
les prix des logements anciens sont quasi stables en province,
ils repartent légèrement à la hausse en Île-de-France.
Mais stabiliser à un niveau très élevé ne soulage personne.
Le problème n’est pas la variation récente, c’est le niveau atteint après vingt ans de hausse.
Le logement aspire le reste du budget
Quand le logement augmente, tout le reste devient variable :
alimentation,
santé,
transport,
loisirs,
épargne de sécurité.
C’est ainsi que le logement devient une machine à arbitrages douloureux, invisibles dans les statistiques globales.
Crédit immobilier : une détente trompeuse
oui, les taux baissent mais l’accès reste fermé
La Banque de France indique qu’en août 2025, le taux moyen des nouveaux crédits immobiliers s’établit autour de 3,10 %.
Sur le papier, c’est une détente dans la réalité, l’accès au crédit reste extrêmement exigeant.
apport élevé,
taux d’endettement strict,
sélection renforcée des profils.
Résultat : les ménages modestes, les jeunes actifs et les classes moyennes sont écartés, même avec des taux en baisse.
Un marché qui exclut au lieu d’intégrer
Le crédit immobilier ne joue plus son rôle d’ascenseur social, il est devenu un filtre social.
Ceux qui ont déjà du patrimoine peuvent acheter, les autres restent locataires, parfois à vie, dans un marché tendu.
Le surendettement, le signal d’alerte ignoré
Un indicateur devrait alerter beaucoup plus qu’il ne le fait, le surendettement des ménages.
Selon la Banque de France, le nombre de dossiers déposés progresse de +13,5 % sur un an à fin octobre 2025.
Derrière ce chiffre, il y a une réalité simple :le logement pèse trop lourd dans des budgets déjà fragiles.
Le surendettement n’est pas une faute individuelle, c’est un échec collectif de régulation.
Locataires, jeunes, familles : les grands perdants du système
locataires : double peine
Les locataires subissent :
des loyers en hausse,
peu de protection face à la rareté de l’offre,
une difficulté à se projeter dans le temps.
Le logement n’est plus un tremplin, c’est une zone d’instabilité permanente.
Jeunes actifs : mobilité bloquée, trajectoires figées
Le logement cher empêche :
de se rapprocher d’un emploi,
de changer de région,
de construire un projet de vie.
Résultat : des carrières freinées, une autonomie retardée, une frustration sociale profonde.
Familles : la pression invisible
Pour les familles, le logement absorbe une part massive du budget, chaque hausse réduit la marge de manœuvre ailleurs.
Le logement devient un facteur de stress quotidien, pas un refuge.
Le logement fabrique de la peur et donc de l’épargne de précaution
Le lien est direct.
Quand le logement est incertain :
on épargne par peur,
on consomme moins,
on reporte les projets,
on renonce à la mobilité.
Le logement est ainsi au cœur de la spirale de l’insécurité économique décrite dans l’article précédent sur le pouvoir d’achat.
Ce que les politiques publiques n’ont pas voulu affronter
une crise de l’offre, pas seulement de la demande
Le cœur du problème est connu, on ne construit pas assez, et pas là où il faudrait.
foncier rare
procédures longues,
normes parfois incohérentes,
blocages locaux.
Tant que l’offre restera insuffisante, toute aide à la demande finira… dans les loyers.
Trop de dispositifs, pas assez de lisibilité
Aides au logement, dispositifs fiscaux, régulations partielles :le système est devenu illisible, instable, peu prévisible. Or le logement exige exactement l’inverse de la visibilité à long terme.
Solutions réalistes pour sortir de l’insécurité par le logement
Produire plus, mais mieux
libérer du foncier là où l’emploi existe,
raccourcir les délais de construction,
simplifier intelligemment certaines normes sans dégrader la qualité.
Sécuriser le parcours résidentiel
stabiliser les règles locatives dans le temps,
encourager la mobilité choisie,
protéger sans décourager l’offre.
Pendre le crédit à nouveau inclusif
mieux accompagner les primo-accédants,
valoriser la stabilité professionnelle réelle, pas uniquement contractuelle,
adapter les règles à la diversité des parcours.
Traiter le surendettement en amont
prévention,
accompagnement budgétaire gratuit,
intervention précoce avant l’asphyxie financière.
Le logement est devenu le nœud central de toutes les fragilités, pouvoir d’achat, mobilité, emploi, famille, santé mentale.
Tant que la France ne traitera pas le logement comme un bien stratégique, l’insécurité économique continuera de se diffuser silencieusement. Une société stable commence par un toit stable.
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Marc MAUCO

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