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Pouvoir d’achat, l’épargne de la peur, le vrai malaise français.

En France, on continue de répéter que « la situation s’améliore » pourtant, les chiffres officiels racontent une autre histoire.

Au troisième trimestre 2025, le pouvoir d’achat recule, tandis que le taux d’épargne reste très élevé.

Ce paradoxe n’est pas un signe de richesse, c’est le symptôme d’une peur diffuse, installée dans le quotidien des ménages.

Les Français n’épargnent pas par confort, ils épargnent par précaution, parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité.

Chiffres clés (Insee, T3 2025)

  • Pouvoir d’achat du revenu disponible brut par unité de consommation : –0,4 %

  • Taux d’épargne des ménages : 18,4 %

Ces deux chiffres résument un malaise silencieux : la France ne vit plus, elle se protège.


Pouvoir d’achat, l’épargne de la peur, le vrai malaise français.

Le chiffre qui devrait faire du bruit : –0,4 % au 3ème trimestre 2025

ce que mesure réellement l’Insee

Le pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB) par unité de consommation mesure ce qu’il reste réellement aux ménages, une fois les revenus perçus et les prélèvements payés, ramené à une échelle comparable entre foyers.

L’indicateur « par unité de consommation » est essentiel : il permet de comparer la situation réelle des individus, indépendamment de la taille du ménage, c’est donc un indicateur de ressenti économique réel, pas un chiffre abstrait.


Ce que disent les données officielles

Au troisième trimestre 2025, l’Insee constate :

  • une baisse du pouvoir d’achat par unité de consommation (–0,4 %), une épargne qui reste élevée, malgré ce recul.

Autrement dit, les ménages gagnent relativement moins, mais continuent de mettre de l’argent de côté.

Ce comportement n’est pas rationnel dans une économie “saine”, il est typique d’un climat d’insécurité économique.


L’épargne de la peur, quand 18,4 % n’est pas un signe de richesse

Epargner ne signifie pas aller bien

Un discours s’est installé : "Les Français épargnent beaucoup, donc ils ont de l’argent. ", c’est une lecture fausse et dangereuse, ne épargne élevée peut aussi signifier une chose très simple, on se prépare à un choc.

Quand un ménage craint une hausse future des charges, une perte de revenu, une dépense de santé imprévue ou un problème de logement, il n’investit pas, il met de côté, non pour prospérer, mais pour se protéger.


Le mécanisme est clair

Le schéma observé par l’Insee est le suivant :

  • les prix du quotidien ont atteint un niveau élevé,

  • le pouvoir d’achat recule légèrement

  • la consommation tient mais au prix de renoncements,

  • l’épargne reste haute, par précaution.

Cette épargne n’est pas joyeuse, c’est une auto-assurance face à un avenir perçu comme incertain.


Pourquoi le quotidien reste serré, l’effet cliquet des dépenses contraintes

le vrai problème n’est pas l’inflation, mais le niveau des prix

Même lorsque l’inflation ralentit, le mal est déjà fait, les prix du logement, de l’énergie, de l’alimentation et des assurances ont augmenté et ne redescendent pas.

C’est ce qu’on appelle l’effet cliquet (ce qui est monté reste haut).

Résultat, les ménages doivent absorber des dépenses durables, incompressibles, avec des revenus qui ne suivent pas au même rythme.


les renoncements invisibles

Pour tenir, les ménages arbitrent mais pas toujours là où on le voit.

Ils renoncent à :

  • certains soins,

  • l’équipement du foyer,

  • les loisirs,

  • la mobilité,

  • les projets.

Ces renoncements ne se lisent pas immédiatement dans un indicateur macroéconomique mais ils pèsent lourdement sur le sentiment de déclassement et de fatigue sociale.


Le vrai scandale, la moyenne écrase la réalité

la France “moyenne” n’existe pas

Les moyennes nationales masquent des fractures profondes.

Un même chiffre de pouvoir d’achat recouvrira des réalités radicalement différentes selon que l’on est :

  • locataire ou propriétaire,

  • jeune actif ou senior stabilisé,

  • indépendant ou salarié en CDI,

  • parent isolé ou couple sans enfant.

Parler d’un « Français moyen » est une erreur analytique et souvent une facilité politique.


Ceux qui paient le prix fort de l’insécurité

Les plus exposés à cette épargne de la peur sont :

  • les ménages modestes et les locataires,

  • les jeunes actifs confrontés au logement cher,

  • les indépendants aux revenus irréguliers,

  • les familles aux charges fixes élevées.

Pour eux, l’épargne n’est pas un choix, c’est un réflexe de survie.


Ce que la puissance publique ne voit pas, la peur comme variable économique

On traite les symptômes, pas la cause

Les politiques publiques se concentrent souvent sur des dispositifs ponctuels, aides, primes, chèques, amortisseurs mais elles négligent un facteur central, la prévisibilité.

Une société dans laquelle les règles changent sans cesse, où les dispositifs sont complexes et instables, génère mécaniquement de la peur et donc, de l’épargne de précaution.


Relancer la consommation passe par la sécurité

Si l’État veut réellement relancer l’économie, il doit d’abord restaurer un sentiment simple "je peux prévoir ma vie à 12 ou 24 mois." Sans cela, aucun discours optimiste ne fonctionne.


Solutions concrètes : agir à trois niveaux

Au niveau des ménages

  • reprendre le contrôle des dépenses contraintes,

  • raisonner en “reste à vivre” réel,

  • anticiper les charges annuelles pour réduire l’angoisse,

  • éviter le crédit à la consommation par défaut,

  • construire une petite épargne régulière, même modeste, mais sécurisante.


Au niveau des entreprises

  • plus de stabilité dans les revenus et les plannings,

  • transparence sur les hausses de prix,

  • délais de paiement raccourcis,

  • partage de la valeur lisible.

La confiance est aussi une politique économique.


Au niveau de l’État

  • simplifier réellement les aides et réduire le non-recours,

  • cibler les dépenses contraintes plutôt que distribuer des aides générales,

  • stabiliser les règles fiscales dans le temps,

  • agir structurellement sur le logement,

  • faire de l’accès à la santé un indicateur central, pas secondaire.


Une économie ne redémarre pas quand les ménages “tiennent bon”, elle redémarre quand ils respirent et tant que l’épargne restera une stratégie de protection, tant que le pouvoir d’achat reculera dans les faits, le malaise persistera, malgré les discours rassurants

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