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Anti-algérianisme une discrimination sans nom dans la République française.

Il existe une règle simple en démocratie, ce qui n’est pas nommé n’est ni reconnu, ni protégé.

En France, certaines formes de haine ont été clairement identifiées, définies juridiquement, combattues politiquement. D’autres, pourtant massives, quotidiennes et documentées, continuent d’exister dans un angle mort institutionnel. L’anti-algérianisme fait partie de ces discriminations sans nom et tant qu’il n’aura pas de nom, il continuera à prospérer.


Anti-algérianisme : une discrimination sans nom dans la République française

Une réalité omniprésente, mais jamais qualifiée

Les Algériens et les Français d’origine algérienne sont, depuis des années, au cœur d’un traitement particulier dans le débat public. Ils sont régulièrement :

  • associés à l’insécurité,

  • présentés comme un problème migratoire permanent,

  • désignés comme responsables de l’échec de l’intégration,

  • pointés du doigt dans les discours politiques et médiatiques,

  • soumis à des soupçons de double loyauté ou d’incompatibilité culturelle.


Ces discours ne sont pas marginaux. Ils sont diffusés à heure de grande écoute, repris par des responsables politiques, intégrés dans des politiques publiques et parfois relayés par l’administration elle-même.

Pourtant, cette haine spécifique n’a pas de qualification juridique propre, elle est dissoute dans des catégories vagues, quand elle n’est pas tout simplement niée.


Une égalité républicaine à géométrie variable

La République française affirme ne reconnaître que des citoyens, jamais des communautés mais dans les faits, elle reconnaît certaines discriminations plus que d’autres.

Certaines haines sont précisément définies, pénalisées, poursuivies avec vigueur, d’autres sont tolérées, relativisées, voire justifiées au nom de la liberté d’expression ou du débat politique.


Ce décalage pose une question fondamentale, l’égalité républicaine est-elle réellement universelle, ou sélective ?

Pourquoi certaines communautés bénéficient elles d’une reconnaissance explicite de la haine qui les vise, tandis que d’autres doivent se contenter d’un silence institutionnel ?

Nommer l’anti-algérianisme ne serait pas créer une exception, ce serait réparer une omission.


L’anti-algérianisme n’est pas une opinion

Il est important de clarifier une chose, critiquer un État, une politique étrangère, un gouvernement, une idéologie n’est pas du racisme.

Mais essentialiser des millions de personnes, les réduire à une origine, les présenter comme une menace collective, les priver symboliquement de leur pleine appartenance nationale, ce n’est plus du débat, c’est de la discrimination.


Quand des propos visent explicitement « les Algériens », « les Franco-Algériens », « les binationaux », quand ils les désignent comme un problème civilisationnel ou sécuritaire, il ne s’agit plus d’idées, il s’agit de personnes et le droit est censé protéger les personnes.


Ce que la loi ne reconnaît pas, elle laisse prospérer

L’absence de reconnaissance juridique de l’anti-algérianisme a des conséquences concrètes :

  • difficulté à qualifier et poursuivre certains propos,

  • banalisation médiatique de discours stigmatisants,

  • sentiment d’abandon chez les personnes visées,

  • renforcement des clivages identitaires,

  • perte de confiance envers les institutions.


En ne nommant pas cette haine, l’État envoie un message implicite, celle-ci serait moins grave, moins dangereuse, moins digne d’attention.

C’est une erreur politique, c’est une faute morale, c’est un risque démocratique.


Reconnaître l’anti-algérianisme, ce n’est pas diviser

Certains diront que reconnaître l’anti-algérianisme créerait des tensions, opposerait les mémoires ou fragmenterait la République.

C’est l’inverse qui est vrai.

Les tensions naissent du déni, la fragmentation naît de l’injustice et la radicalisation prospère sur le sentiment d’invisibilité.

Reconnaître une discrimination, c’est l’assécher, pas l’encourager, c’est réaffirmer que la République protège tous ses citoyens, sans hiérarchie.


Pour une reconnaissance juridique et politique claire

Il est temps d’ouvrir un débat serein, rigoureux et courageux sur la reconnaissance de l’anti-algérianisme comme forme spécifique de racisme.

Cela impliquerait :

  • une définition juridique claire,

  • une prise en compte dans les politiques publiques de lutte contre les discriminations,

  • une vigilance médiatique renforcée,

  • une protection égale devant la loi.

Ce ne serait pas un privilège accordé à une communauté, ce serait l’application stricte du principe d’égalité.


La République doit être cohérente

La République française ne peut pas, dans le même temps, proclamer l’égalité de tous et accepter que certaines haines restent sans nom.

Si la haine existe, elle doit être reconnue, si elle est reconnue, elle doit être combattue et si elle est combattue, elle doit l’être pour tous, sans exception.


L’anti-algérianisme n’est ni un fantasme, ni une exagération, ni un slogan militant, c’est une réalité vécue, documentée, mesurable.

La question n’est plus de savoir si elle existe, la question est de savoir combien de temps encore la République acceptera de ne pas la voir.


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Marc MAUCO



 
 
 

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