Je suis choqué et j’ai honte de voir ça !!!
- Marc Mauco
- il y a 5 jours
- 2 min de lecture
Il y a des moments où le silence devient une forme de renoncement. Ce que j’ai vu récemment sur le service public audiovisuel français fait partie de ces moments.
Le reportage diffusé par Complément d’enquête sur France 2, intitulé « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie », ne relève pas d’un simple débat journalistique. Il pose un problème beaucoup plus profond celui de la responsabilité du service public lorsqu’il choisit ses récits, ses intervenants et ses angles.

De la critique légitime à la stigmatisation collective
Critiquer un État, une politique ou des dirigeants est parfaitement légitime dans une démocratie. Aucun pays n’est au-dessus de la critique, pas plus l’Algérie qu’un autre.Mais ici, nous ne sommes plus dans la critique argumentée. Nous basculons dans autre chose.
Lorsque des individus sont mis en avant de manière récurrente pour dénigrer l’Algérie, alimenter le soupçon et entretenir un récit anxiogène, ce n’est plus une enquête équilibrée. C’est un récit à charge, sans réelle contradiction, qui finit par déborder du champ politique pour toucher une communauté entière.
Le problème n’est pas uniquement l’Algérie.Le problème, c’est la communauté algérienne vivant en France des femmes et des hommes installés ici depuis quatre, cinq, parfois six générations qui se retrouvent indirectement placés sous un faisceau de soupçons.
Le rôle inquiétant de certaines « voix utiles »
Ce qui choque également, c’est le choix éditorial des profils invités. Certains intervenants sont présentés comme des « voix algériennes », alors même que leur discours s’inscrit dans une logique constante d’attaque, de disqualification et de mise en accusation de leur pays d’origine.
Quand ces paroles deviennent compatibles, voire confortables, pour une partie de la droite et de l’extrême droite françaises, une question se pose légitimement, pourquoi ces voix-là sont-elles systématiquement mises en avant ?
Et pourquoi d’autres, plus nuancées, plus expertes, plus contradictoires, sont-elles absentes?
Un média de service public ne peut pas ignorer l’effet produit par ce type de choix. Il engage sa responsabilité.
Le service public face à ses obligations
Le service public audiovisuel français n’est pas une chaîne militante. Il est financé par l’impôt et soumis à des obligations précises, pluralisme, équilibre, rigueur, déontologie. Quand la recherche d’audience, le sensationnalisme ou l’alignement sur des récits dominants prennent le pas sur ces principes, c’est la crédibilité même du service public qui vacille.
Utiliser l’Algérie et la diaspora algérienne comme matière première pour nourrir des récits anxiogènes, c’est une dérive grave. Non seulement parce qu’elle déforme la réalité, mais parce qu’elle alimente les tensions et légitime les amalgames.
Une question de dignité et d’égalité
Ce combat n’est ni communautaire, ni identitaire, il est républicain.
La République ne fonctionne pas sur la désignation de boucs émissaires, elle fonctionne sur l’égalité devant le droit, la responsabilité des institutions et le respect des citoyens, quelle que soit leur origine.
Dire cela, ce n’est pas refuser le débat. c’est refuser la stigmatisation.
Je suis choqué, oui. Et j’ai honte de voir le service public participer, volontairement ou non, à cette dérive.
Parce qu’un média public doit éclairer.Pas attiser.Pas soupçonner.Pas désigner.
L’Algérie n’est pas un angle d’audience.La diaspora algérienne n’est pas un problème et la vérité mérite mieux que des récits à charge.