Quand une chaîne d’information devient un outil idéologique : le cas CNews et « L’Heure des pros »
- Marc Mauco

- 23 janv.
- 2 min de lecture
L’article publié par Le Monde sur L’Heure des pros n’est pas une simple critique médiatique. C’est une alerte démocratique. Il documente, faits à l’appui, la manière dont une émission présentée comme un espace de débat est devenue, au fil des années, un vecteur idéologique structurant, au service d’une vision politique précise.
Le cœur du problème ne se résume pas à une personnalité médiatique. Il s’agit d’un système, d’une ligne éditoriale assumée par CNews, chaîne appartenant à Vincent Bolloré, dont l’influence sur le paysage médiatique français est aujourd’hui majeure.

CNews, de l’information au militantisme déguisé
L’enquête rappelle un fait essentiel : Pascal Praud n’a pas toujours tenu les discours qui font aujourd’hui son succès. En 2001, lors du match France–Algérie, il appelait à la nuance et au calme. Vingt-cinq ans plus tard, il est devenu l’un des principaux relais d’un discours anxiogène, identitaire et clivant.
Ce glissement n’est pas anecdotique. Il illustre la transformation d’un programme d’information en plateforme d’opinion permanente, où les faits sont sélectionnés, hiérarchisés et interprétés dans une logique idéologique constante.
Un faux pluralisme installé à l’antenne
L’article du Monde démontre que les chroniqueurs invités sont, pour l’immense majorité, positionnés à droite ou à l’extrême droite. Ce déséquilibre crée une illusion de débat, alors qu’il s’agit en réalité d’une bulle idéologique fermée, où la contradiction est marginale, parfois caricaturée, souvent disqualifiée.
Ce fonctionnement pose un problème fondamental, une chaîne d’information nationale ne respecte plus sa mission d’intérêt général lorsqu’elle confond débat démocratique et militantisme.
L’échec de la régulation
Autre élément préoccupant, l’indifférence affichée face aux rappels à l’ordre de Arcom. Malgré les avertissements répétés concernant le pluralisme et la déontologie, la ligne éditoriale ne change pas. Pire, la radicalité devient un argument d’audience, donc de légitimation morale.
C’est un renversement dangereux : ce qui fait de l’audience serait, par définition, acceptable. Or, l’audience ne mesure ni la vérité, ni l’éthique, ni la responsabilité démocratique.
Une banalisation lourde de conséquences
Ce que décrit Le Monde, c’est la normalisation progressive de discours autrefois marginaux. À force de répétition quotidienne, ces idées deviennent familières, acceptables, puis dominantes. La fenêtre du débat public se déplace, au détriment de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.
Le danger n’est pas seulement médiatique. Il est politique, social et démocratique.
Une responsabilité collective
Cette situation interroge la responsabilité :
des propriétaires de médias,
des autorités de régulation,
mais aussi des responsables politiques qui ferment les yeux,
et des citoyens, invités à confondre opinion martelée et information vérifiée.
Laisser une chaîne d’information nationale se transformer en outil idéologique assumé, c’est accepter une dégradation durable du débat public.
La démocratie mérite mieux qu’un spectacle permanent de la peur, du soupçon et de la division.



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