Immigration en France : 3 chiffres que personne ne vous donne calmement
- Marc Mauco

- 23 nov. 2025
- 5 min de lecture
En France, le mot “immigration” est chargé comme une batterie haute tension. Il suffit de le prononcer pour enchaîner les réactions : peur, colère, fatigue, lassitude. Les plateaux télé s’en nourrissent, certains partis politiques en vivent, les réseaux sociaux en débordent.
Mais au milieu de ce vacarme, une chose manque cruellement :des chiffres simples, posés, expliqués sans effet de manche.
Je propose ici trois chiffres clés, pas pour nier les difficultés, mais pour remettre un peu de réalité au centre d’un débat saturé de fantasmes.

1. Une minorité dans la population française
Premier élément que l’on oublie souvent de rappeler :les personnes immigrées c’est-à-dire nées à l’étranger avec une nationalité étrangère à la naissance représentent une minorité de la population française.
Même si ce pourcentage a évolué au fil des décennies, nous restons loin d’une situation où “la moitié du pays” serait issue de l’immigration récente.
Ce constat est important pour une raison simple : il casse l’idée d’une “submersion” démographique automatique.
Oui, la France a connu plusieurs vagues d’immigration dans son histoire : italienne, polonaise, espagnole, portugaise, maghrébine, africaine, asiatique… Oui, les visages de la France ont changé et continueront de changer. Mais non, nous ne sommes pas devant un renversement brutal de population.
Parler d’“invasion” ne décrit pas une réalité numérique. Cela décrit une émotion, une peur, souvent alimentée par des images partielles : certains quartiers, certaines écoles, certains lieux très spécifiques.
2. Une présence massive dans les métiers les plus durs et les moins reconnus
Deuxième chiffre clé :les personnes immigrées et leurs descendants sont surreprésentés dans les métiers difficiles, souvent mal payés, invisibles, essentiels.
On les retrouve :
sur les chantiers du bâtiment,
dans le nettoyage et la propreté urbaine,
dans la logistique, les entrepôts, la livraison,
dans la restauration, la sécurité,
dans une partie du secteur du soin et de l’aide à la personne.
Cela signifie que, concrètement, sans ces travailleurs souvent issus de l’immigration,une partie de l’économie française serait à l’arrêt ou gravement perturbée.
Pourtant, ces métiers sont rarement valorisés : horaires décalés, pénibilité physique, contrats précaires, faible reconnaissance sociale.
Ce décalage est vertigineux : ceux qu’on accuse d’“envahir” le pays sont souvent ceux qui assurent son fonctionnement quotidien, dans les tâches que beaucoup ne veulent plus faire.
3. Une exposition plus forte aux discriminations
Troisième chiffre, moins connu du grand public mais largement documenté : les personnes perçues comme “issues de l’immigration” subissent davantage de discriminations :
dans l’accès à l’emploi (CV écartés à cause du nom, de l’adresse, de l’apparence),
dans l’accès au logement (dossiers refusés pour les mêmes raisons),
dans la fréquence et la nature des contrôles d’identité,
parfois même dans la relation avec certaines institutions.
Des études en “testing” où l’on envoie des profils identiques, avec seule variation du nom ou de l’adresse montrent régulièrement que les candidatures associées à des origines maghrébines, africaines ou à certains quartiers sont moins retenues.
En clair :on répète que “l’immigration profite du système”, mais dans les faits, une partie de ces populations part avec plusieurs longueurs de retard dans la course à l’emploi et au logement.
Ce que ces trois chiffres racontent vraiment sur l'immigration
Mise bout à bout, cette réalité dit quelque chose de très différent du discours dominant :
une minorité démographique,
très présente dans les métiers durs,
plus exposée aux discriminations.
Nous sommes loin du portrait d’une masse organisée venue “profiter” d’un pays sans rien donner en retour. Nous sommes face à des millions de trajectoires individuelles, souvent marquées par le travail pénible, la précarité, l’effort réel d’intégration,et le sentiment de ne pas être traités avec équité.
Ce décalage entre la contribution réelle et la reconnaissance perçue est l’un des grands nœuds de la question de l’immigration en France.
Pourquoi ces chiffres sont rarement mis en avant
Si ces éléments sont documentés, pourquoi ne sont-ils pas davantage présents dans le débat public ?
Pour trois raisons principales :
La simplicité des récits de peur - Dire “ils nous envahissent” ou “ils profitent du système” demande peu d’explications. Cela fonctionne sur les réflexes et les émotions immédiates.
La complexité de la réalité sociale - Expliquer les parcours migratoires, les politiques publiques, la place dans le marché du travail, demande du temps, de la nuance, de la pédagogie. Ce n’est pas le format préféré de certains médias et acteurs politiques.
L’utilité politique du bouc émissaire - Tant que l’on concentre l’attention sur l’immigration, on parle moins d’autres sujets explosifs : désindustrialisation, inégalités de patrimoine, dérive des loyers, affaiblissement des services publics.
Les chiffres deviennent alors secondaires. Ce qui compte, ce n’est pas la réalité, c’est l’efficacité du récit.

Le regard depuis les quartiers populaires
Quand on vit dans une ville comme Gennevilliers, on ne regarde pas l’immigration avec des graphiques abstraits. On la voit dans les prénoms de la classe de ses enfants, dans les commerces de son quartier, dans les collègues avec qui l’on partage les horaires difficiles.
On y voit :
des gens qui essaient de faire leur place,
des jeunes qui se débattent avec les obstacles liés à leur adresse, à leur nom, à l’image de leur quartier,
des familles qui ont parfois quitté la misère ou la guerre pour trouver… la précarité, mais avec l’espoir que leurs enfants s’en sortent mieux.
On y voit aussi la fatigue : fatigue d’être toujours ramenés à “l’immigration”, fatigue d’être utilisés comme argument dans des débats où ils n’ont pas la parole.
Ce vécu du terrain donne un autre sens aux chiffres : ils ne sont pas seulement des données, ils sont la description d’une injustice structurelle.
Libres & Égaux : remettre les faits au centre
Libres & Égaux France part d’une idée simple : on ne construira rien de solide sur des fantasmes.
Pour parler d’immigration sérieusement, il faut :
accepter la réalité des chiffres,
reconnaître les contributions économiques et sociales,
regarder en face les discriminations,
sortir des images d’“invasion” pour parler de politique publique réelle.
Cela ne veut pas dire tout idéaliser. Il y a des difficultés, des tensions, des échecs, des situations à corriger. Mais on ne résout pas un problème en le caricaturant.
On le résout en étant capable de dire, dans la même phrase : “Oui, il y a des défis liés à l’immigration” et “Non, ils ne justifient ni la haine ni la peur généralisée.”
De la peur aux responsabilités
Les trois chiffres posés ici ne sont pas une fin, ce sont un point de départ.
Une minorité démographique.
Une contribution massive dans les métiers difficiles.
Une exposition plus forte aux discriminations.
À partir de là, une question honnête s’impose : que fait-on, en tant que pays, de cette réalité?
On peut continuer à la tordre pour nourrir des récits de peur, ou on peut s’en servir pour construire des réponses : sur le travail, le logement, l’école, la police, la justice.
Choisir la première option, c’est alimenter une guerre imaginaire entre les Français. Choisir la seconde, c’est se comporter en nation adulte.
C’est précisément l’ambition de Libres & Égaux : sortir du réflexe de peur, retourner aux faits, et remettre la dignité de chacun au centre de la discussion, quelle que soit son origine, sa croyance ou son histoire familiale.
Libres dans nos Choix
Egaux dans nos Droits
Marc MAUCO


Merci pour vos mots