Pourquoi j’ai créé Libres & Égaux France
- Marc Mauco

- 22 nov. 2025
- 5 min de lecture
Dans un pays saturé de slogans, de polémiques et de chaînes d’info en continu, lancer un mouvement citoyen de plus peut sembler presque dérisoire et pourtant, pour moi, la création de Libres & Égaux France n’est ni un geste symbolique, ni un simple “projet politique” de plus.
C’est une réponse à un malaise profond : la manière dont on parle des Français, les uns contre les autres, pour ne plus parler de la France, tous ensemble.
Je vais expliquer pourquoi ce mouvement existe, et surtout ce qu’il veut changer.

Un contexte étouffant : la peur comme bruit de fond permanent
Depuis des années, le débat public tourne en boucle autour des mêmes mots : immigration, insécurité, islam, identité.
On commente les prénoms des enfants, les tenues des femmes, les quartiers des grandes villes, on parle de “choc des civilisations”, de “séparatisme”, de “grand remplacement”.
Dans le même temps, la réalité sociale, elle, suit son cours :
les loyers deviennent impossibles à assumer pour une partie des familles,
les salaires stagnent pendant que les prix montent,
les services publics reculent dans certains territoires,
les habitants des quartiers populaires cumulent les difficultés.
Mais ce quotidien-là est moins spectaculaire que les polémiques. Il est moins utile pour faire grimper l’audience, alors on le relègue au second plan.
Ce décalage est devenu insupportable.
Qui je suis, et ce que je vois
Je suis français, je me suis converti à l’islam par choix, par réflexion, sans jamais cesser d’être français.
Je vis à Gennevilliers, une ville populaire, diverse, qui concentre beaucoup de défis et beaucoup de ressources humaines.
Ce que je vois, ce ne sont pas des “blocs communautaires”, je vois des gens qui se lèvent tôt, qui prennent les transports, qui travaillent dans les chantiers, les entrepôts, les commerces, les hôpitaux.
Je vois des parents qui veulent la même chose que partout ailleurs : une école digne pour leurs enfants, un toit, un avenir.
Je vois aussi des habitants fatigués d’être montrés du doigt, fatigués que l’on parle d’eux comme d’un problème, fatigués que leurs quartiers ne soient évoqués qu’en cas d’émeutes ou de faits divers.
Je me reconnais en eux, et je me reconnais aussi en ceux qui, ailleurs en France, ont peur de ce qu’ils entendent sur “les banlieues” et “les musulmans”.
Ces deux France-là ne se parlent quasiment plus, on parle à leur place !
Un constat simple : la fracture n’est pas là où on dit qu’elle est
Le cœur de mon analyse est très clair :
La fracture principale en France n’est pas entre “Français de souche” et “Français d’origine immigrée”.
Elle n’est pas entre “musulmans” et “non-musulmans”.
Elle n’est pas entre “centres-villes propres” et “banlieues dangereuses” en tant qu’identités figées.
La fracture principale est :
sociale : entre ceux qui s’en sortent et ceux qui décrochent,
territoriale : entre les zones où l’État est encore très présent et celles où il se retire,
économique : entre ceux qui profitent de la mondialisation et ceux qui en subissent les effets sans protection.
Lorsque l’on réduit tout à la question de l’origine, du prénom ou de la religion, on masque cette réalité structurelle.
On transforme des problèmes politiques et économiques en conflits identitaires sans fin.
C’est confortable pour certains appareils politiques, c’est destructeur pour la société.
Pourquoi Libres & Égaux France
Libres & Égaux France est né d’un refus et d’une conviction.
Refus :
Je refuse que les Français soient dressés les uns contre les autres en fonction de leurs origines, de leurs croyances ou de leurs adresses postales.
Je refuse que l’on parle de “la France” comme d’un bloc homogène menacé par “les autres”, alors que ces “autres” sont souvent nés ici, travaillent ici, et n’ont connu que ce pays.
Conviction :
Je crois que la France a besoin d’un mouvement citoyen qui :
remet les faits au centre du débat,
relie les questions d’immigration et d’identité à la question sociale,
refuse la logique des boucs émissaires,
parle au nom de tous ceux qu’on n’invite jamais sur les plateaux.
Libres & Égaux n’est pas un parti communautaire, ce n’est pas un mouvement “pour les uns contre les autres”.
C’est une tentative de reconstruire un “nous” qui n’efface pas les différences, mais qui refuse d’en faire des armes.
Les principes qui fondent ce mouvement
Libres & Égaux France repose sur quelques principes simples, mais non négociables :
La dignité de chaque personne - Aucun citoyen ne doit être traité comme un suspect permanent en raison de ses origines ou de sa foi. Les personnes des quartiers populaires méritent respect, écoute, considération.
La vérité des faits - On ne construit rien de solide sur des fantasmes, les chiffres sur l’immigration, sur la criminalité, sur le travail, sur la pauvreté doivent être présentés honnêtement, même s’ils bousculent les récits faciles.
La justice sociale et territoriale - On ne peut pas parler d’“insécurité culturelle” en oubliant l’insécurité économique, l’incertitude sur l’avenir, le renoncement aux services publics.
La laïcité comme cadre commun - La laïcité protège la liberté de conscience de tous. Elle ne doit pas être détournée pour humilier une religion en particulier, elle est le socle d’un espace où chacun peut exister sans imposer sa croyance aux autres.
L’unité nationale par le réel, pas par le fantasme - On ne recolle pas un pays en rêvant d’un passé qui n’a jamais existé, on le recolle en regardant en face la France d’aujourd’hui, telle qu’elle est réellement : diverse, inégale, fatiguée, mais pleine d’énergie et de ressources.

Un mouvement pour ceux dont on parle, mais qu’on n’écoute jamais
Libres & Égaux France s’adresse :
à ceux que l’on caricature : habitants de quartiers populaires, enfants et petits-enfants d’immigrés, travailleurs précaires,
à ceux qui ont peur de ce qu’ils entendent sur l’avenir du pays,
à ceux qui n’en peuvent plus de choisir entre le mépris social d’un côté et la haine identitaire de l’autre.
Ce mouvement veut :
raconter ce que vivent réellement les gens,
documenter les injustices et les réussites,
proposer des pistes concrètes pour retisser du lien,
encourager l’inscription sur les listes électorales, la participation citoyenne, l’engagement local.
De la colère à la construction
Libres & Égaux France n’est pas né d’un calcul, mais d’une fatigue et d’une responsabilité.
La fatigue de voir la même mise en scène permanente :les mêmes peurs, les mêmes boucs émissaires, les mêmes promesses non tenues.
La responsabilité de quelqu’un qui est à la croisée de plusieurs mondes : français, musulman, habitant d’une ville populaire, engagé dans la société, quelqu’un qui peut parler à des publics qui ne se parlent plus.
Créer ce mouvement, c’est transformer une colère en projet. C’est dire : nous ne laisserons plus d’autres raconter notre histoire à notre place. Nous ne nous contenterons plus d’être les figurants d’un scénario écrit par ceux qui vivent loin de nos réalités.
Libres & Égaux France, c’est l’idée qu’un autre récit est possible :un récit où l’on arrête de se faire peur avec ce que l’on est, pour enfin se mettre au travail sur ce que l’on vit.
Libres dans nos Choix
Egaux dans nos Droits
Marc MAUCO



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