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Français et musulman : une identité pleinement légitime

Être français et musulman n’est pas une contradiction. C’est une réalité silencieuse, quotidienne, vécue par des centaines de milliers de citoyens. Pourtant, dans le climat politique actuel, cette simple phrase semble déranger.


Entre les discours d’“islamisation”, de “grand remplacement” et de “choc des cultures”, une partie de l’opinion publique a fini par croire qu’il y aurait d’un côté “la France”, de l’autre “l’islam”.Cette fracture est artificielle, elle ne repose ni sur le droit, ni sur l’histoire, ni sur les faits, mais sur un récit politique de la peur.

Il est temps de remettre les choses à leur place.


Ce qui fait la France : l’origine ou le choix ?

Lorsque l’on écoute certains débats, on croirait que la France se définit par le sang, par un prénom, par une origine familiale “pure”. Ce n’est pas la réalité de notre droit, ni celle de notre histoire.

Être français, ce n’est pas avoir des grands-parents nés dans le même village depuis trois siècles.Être français, c’est :

  • être reconnu par la loi comme citoyen,

  • vivre sous les mêmes règles que les autres,

  • partager un projet commun sur ce territoire.

Des millions de personnes sont nées en France, y ont été scolarisées, y ont travaillé, y ont fondé une famille. Parmi elles, certaines sont catholiques, d’autres protestantes, juives, musulmanes, athées, agnostiques, peu importe. Ce qui les rassemble n’est pas leur religion, c’est leur appartenance à la même communauté politique : la nation française.

Dire “je suis français et musulman”, ce n’est donc pas revendiquer une double loyauté. C’est simplement décrire deux dimensions différentes de la même personne :

  • une identité citoyenne : française,

  • une identité spirituelle : musulmane.

Les deux peuvent coexister sans se contredire, à partir du moment où la loi de la République est respectée.


famille musulman

La réalité quotidienne d’un français musulman

Concrètement, à quoi ressemble la vie d’un français musulman dans ce pays ?

Dans l’immense majorité des cas, c’est le même scénario que pour les autres :

  • déposer les enfants à l’école de la République,

  • aller travailler, souvent loin, parfois très tôt ou très tard,

  • payer ses impôts, son loyer, ses factures,

  • pratiquer sa foi dans un cadre légal ou ne pas la pratiquer publiquement,

  • essayer de construire un avenir meilleur pour sa famille.


Ce quotidien-là ne fait jamais la une des chaînes d’info. On préfère les images spectaculaires, les tensions, les polémiques. Mais c’est pourtant ce que vivent la plupart des citoyens de confession musulmane : une vie normale, souvent difficile, parfois précaire, mais parfaitement compatible avec la citoyenneté française.


On peut être français, respecter la laïcité et aimer ce pays. On peut être français, ne jamais avoir mis un pied dans un lieu de culte, et partager les mêmes droits, les mêmes devoirs que son voisin croyant. La République n’a pas vocation à classer les citoyens selon leurs croyances, mais à garantir l’égalité entre eux.


La laïcité : un cadre de protection, pas une arme de rejet

La laïcité est au cœur de toutes les confusions.

Pour certains, elle serait devenue une sorte d’idéologie anti-religieuse, qui demanderait aux croyants de disparaître de l’espace public. Ce n’est pas ce que disent les textes, ni la tradition républicaine.


La laïcité, dans le droit français, repose sur trois piliers :

  1. La liberté de conscience : chacun est libre de croire, de ne pas croire, de changer de religion.

  2. La neutralité de l’État : les institutions publiques ne favorisent aucune religion.

  3. L’égalité de traitement : aucune religion n’a plus de droits qu’une autre.


Être français et musulman, dans ce cadre, c’est donc :

  • exercer une liberté individuelle (la foi),

  • sous l’égide d’un État qui ne prend pas parti,

  • dans un pays où d’autres spiritualités coexistent.


La laïcité n’exige pas d’effacer sa religion pour être acceptable. Elle exige que la loi commune soit au-dessus de toutes les convictions particulières. Un citoyen qui respecte la loi, qu’il soit musulman, chrétien, juif ou athée, est pleinement légitime dans la République.


Pourquoi cette identité dérange-t-elle certains ?

Si tout est aussi clair en droit et en pratique, pourquoi “français et musulman” reste-t-il un sujet de tension ?

La réponse tient moins à la réalité qu’aux stratégies politiques.


Depuis plusieurs années, une partie du champ politique a fait le choix de centrer son discours sur :

  • l’immigration,

  • l’islam,

  • l’insécurité,

  • l’identité nationale.

Dans ce récit, l’islam n’est plus une religion parmi d’autres, c’est un problème, voire une menace. Les quartiers populaires deviennent des “zones de non-droit”. Les français issus de l’immigration deviennent suspects par défaut. Les convertis, eux, sont présentés comme perdus, manipulés ou “passés de l’autre côté”.


Pourquoi ?Parce que ce récit de la peur permet de détourner le regard d’autres questions :

  • les salaires qui stagnent,

  • les loyers qui explosent,

  • les services publics qui se dégradent,

  • la fracture territoriale entre centre-ville et périphérie.

Plutôt que de reconnaître ces réalités sociales et de proposer des solutions, on désigne un bouc émissaire. On explique à des français en difficulté que leur problème vient “des autres”, de ceux qui prient autrement, qui ont un autre prénom, un autre visage.

C’est une tactique politique, pas un constat sociologique.


La figure du français musulman : un pont possible

Dans ce contexte, la figure d’un français musulman ancré dans la culture française, respectueux de la laïcité, attaché à la République, devient centrale.

Lorsque quelqu’un dit :

« Je suis français, je suis musulman et je n’ai jamais cessé d’être l’un ni l’autre. »

il remet en cause directement l’architecture du discours de peur.

Il montre :

  • que la France n’est pas en train de disparaître, elle se transforme,

  • que l’islam n’est pas forcément un bloc étranger, mais aussi une spiritualité vécue de l’intérieur de la nation,

  • que l’appartenance religieuse n’empêche ni le respect de la loi, ni l’attachement aux valeurs communes.

Cette identité transversale dérange ceux qui veulent tout découper en blocs opposés, mais elle rassure tous ceux qui cherchent une sortie de conflit.


Libres & Égaux : sortir du piège identitaire

C’est dans ce paysage que s’inscrit un mouvement comme Libres & Égaux France.

L’enjeu n’est pas de créer un “parti des musulmans”, ni un “parti des quartiers”. L’enjeu est de proposer une réponse citoyenne à la manipulation par la peur.

Le message est simple :

  • on ne divise pas les Français entre “de souche” et “d’origine immigrée”,

  • on refuse que la foi de certains serve de prétexte à des politiques de rejet,

  • on remet la focale là où elle devrait être : salaires, logement, école, santé, services publics, justice sociale, cohésion des territoires.


La question centrale n’est pas :“D’où viennent vos parents ?” La question centrale est : “Pouvez-vous vivre dignement ici, maintenant, avec les mêmes droits et les mêmes chances que les autres ?”

Dans cette vision, le français musulman n’est pas un problème à gérer, c’est un citoyen à écouter, un acteur du pays, parfois un pont entre des mondes qui ne se parlent plus.


musulman immigration et France

Réaffirmer une évidence

Être français et musulman n’est pas une anomalie. C’est une des formes possibles de l’identité française d’aujourd’hui.

Refuser de le voir, c’est refuser de regarder la France telle qu’elle est. L’accepter, calmement, fermement, c’est ouvrir la porte à un débat plus adulte, où l’on peut enfin parler des sujets de fond : l’emploi, le coût de la vie, la qualité de l’école, l’avenir des quartiers, l’unité nationale.


Dans un pays où tant de voix tentent de dresser les uns contre les autres, chaque parole qui dit :

« Je suis français, je suis musulman et je crois à une France libres et égaux pour tous. »

est déjà un acte politique au sens noble : un geste pour recoller ce que d’autres s’acharnent à casser.


Marc MAUCO

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