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Brigitte Bardot, l’OAS et la mémoire française : une histoire plus complexe qu’un hommage ou un procès

La mort de Brigitte Bardot, survenue le 29 décembre 2025, a ravivé un débat français récurrent, peut-on rendre hommage à une figure publique sans interroger l’ensemble de son parcours ?

Entre appels à un hommage national et rappels de ses prises de position politiques controversées, une question centrale s’impose : que faire de l’histoire quand elle dérange ?

L’affaire de la lettre de menace de l’OAS Organisation armée secrète reçue par Brigitte Bardot en 1961 offre un point d’entrée essentiel pour comprendre cette complexité.


Brigitte Bardot, l’OAS hommage ou proces

1961 : une actrice face au terrorisme politique

En novembre 1961, en pleine guerre d’Algérie, Brigitte Bardot, alors âgée de 26 ans et au sommet de sa notoriété internationale, reçoit une lettre officielle de l’OAS.

Le contenu est sans ambiguïté : il s’agit d’une demande de versement forcé de plusieurs millions de francs, assortie d’une menace explicite d’activation des « sections spéciales » en cas de refus.

Ce n’est ni une rumeur ni une interprétation a posteriori. Le document existe. Il est signé. Il est daté. Il relève clairement du racket politique par intimidation, méthode classique de l’OAS pour financer sa lutte armée contre la politique du général de Gaulle et le processus d’indépendance de l’Algérie.

La réponse de Bardot est immédiate :elle refuse de payer, rend la lettre publique dans L’Express et dépose plainte par l’intermédiaire de son avocat, Robert Badinter.


Brigitte Bardot, l’OAS et la mémoire française  une histoire plus complexe qu’un hommage ou un procès

Un geste civique plus qu’un acte idéologique

Brigitte Bardot n’est pas alors une militante structurée. Elle le dit elle-même à l’époque : elle ne comprend pas grand-chose à la politique. Mais elle comprend une chose très simple, le chantage, la menace et la violence ne sont pas acceptables.

Elle déclare notamment ne pas vouloir « vivre dans un pays nazi », qualifiant l’OAS pour ce qu’elle est à ses yeux : une organisation terroriste.


Dans le même temps, elle cache chez elle l’homme de théâtre Antoine Bourseiller, proche du FLN et recherché par le ministère de l’Intérieur, ce qui confirme que son geste n’est ni opportuniste ni dicté par un camp politique précis.

Son choix est clair : faire appel à l’opinion publique, exposer les faits et confier sa sécurité à la transparence démocratique.


Une onde de choc nationale et internationale

La publication de la lettre provoque une réaction immédiate, la presse française et internationale s’empare de l’affaire. Le Times de Londres publie un éditorial politique. Le Monde parle de « thérapeutique du courage ». L’Humanité en fait un symbole de résistance civique.

À Paris, le syndicat des acteurs lui vote des félicitations. À Dunkerque, deux mille dockers crient « Vive Brigitte » lors d’une réunion syndicale.

Un fait est alors unanimement reconnu : Brigitte Bardot a refusé de céder à l’OAS et a contribué, volontairement ou non, à la délégitimation publique de cette organisation terroriste.


Brigitte Bardot, une trajectoire politique profondément contradictoire

Mais informer, c’est aussi ne pas s’arrêter là.

Brigitte Bardot elle-même reconnaîtra, en 2018, l’extrême instabilité de ses positions politiques. Elle a soutenu Valéry Giscard d’Estaing, Lionel Jospin, affiché des affinités avec Jean-Marie Le Pen, sollicité Jean-Luc Mélenchon, et affirmé en 2021 que la candidature d’Éric Zemmour serait « une très belle chose pour la France », avant de le désavouer un an plus tard pour ses propos sur les animaux.


Parallèlement, elle a été condamnée à de multiples reprises pour injure et incitation à la haine raciale : en 1997, 2000, 2004, 2008 et 2021. Ses écrits et déclarations ont visé des populations musulmanes, les Réunionnais, et ont employé un vocabulaire essentialisant, violent et discriminatoire.

Icône de l’émancipation féminine par sa liberté sexuelle, elle s’est aussi opposée au mouvement #MeToo, pris la défense d’acteurs accusés de violences sexuelles, et tenu par le passé des propos ouvertement homophobes.


Une figure impossible à simplifier

C’est là que réside le malaise français.

Brigitte Bardot n’est ni un symbole pur, ni une caricature facile, elle est à la fois celle qui, en 1961, a refusé le chantage de l’OAS et contribué à sa dénonciation publique, et une personnalité qui, plus tard, a tenu des propos blessants, discriminatoires et condamnés par la justice.

Cette coexistence n’est pas confortable. Mais elle est réelle.


Informer plutôt que juger

Cet article n’a pas pour vocation de défendre Brigitte Bardot, ni de l’accuser.Il vise à faire savoir, à informer, et à rappeler que l’histoire française en particulier celle de la guerre d’Algérie a laissé des traces profondes, complexes et parfois contradictoires dans les consciences individuelles.

Refuser la simplification, ce n’est pas excuser, regarder les faits en face, ce n’est pas absoudre, c’est simplement faire œuvre de lucidité historique.


Libres dans nos choix

Egaux dans nos droits

Marc MAUCO


 
 
 

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