CNews : quand le discours moral masque une faillite éthique
- Marc Mauco
- 15 janv.
- 3 min de lecture
Depuis plusieurs années, CNews se présente comme une chaîne d’information incarnant l’ordre, la morale, la responsabilité et la défense de la civilisation. Ce récit est martelé quotidiennement à l’antenne, à travers des débats orientés, des éditoriaux anxiogènes et une mise en scène permanente du « déclin » moral de la société française.
Mais un fait précis, incontestable, vient fissurer ce vernis moral : le maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini, animateur définitivement condamné pour corruption de mineur.
Ce choix éditorial n’est ni anodin, ni secondaire. Il révèle, au contraire, la véritable nature du projet médiatique de CNews.

Une condamnation définitive, pas une polémique
Il ne s’agit ni d’une rumeur, ni d’une enquête en cours, ni d’un procès en appel.
Jean-Marc Morandini a été condamné définitivement par la justice française pour des faits relevant de la corruption de mineur.
Dans toute démocratie digne de ce nom, cette seule réalité devrait suffire à entraîner une mise à l’écart immédiate d’une fonction médiatique exposée, particulièrement sur une chaîne se revendiquant comme un pilier moral et civique.
Pourtant, CNews a fait un autre choix : assumer, maintenir, protéger.
Le double discours permanent de la chaîne
CNews passe une partie considérable de son temps d’antenne à :
dénoncer la « décadence morale »,
commenter des faits divers avec une sévérité extrême,
exiger des sanctions exemplaires,
juger publiquement des comportements individuels,
invoquer la protection de l’enfance, de la famille et de l’ordre.
Mais lorsque l’un de ses propres visages est condamné pour un délit sexuel impliquant des mineurs, le discours change.
La justice devient soudain secondaire, la morale devient relative, la responsabilité disparaît.
Ce n’est plus une contradiction : c’est une imposture.
L’audience comme alibi moral
L’argument implicite est simple : l’émission fonctionne, elle fait de l’audience.
Ce raisonnement est extrêmement dangereux, il revient à dire que ce qui est regardé devient légitime, que le succès justifie tout, y compris l’effacement symbolique de victimes.
Or, l’audience n’a jamais été un critère moral, sinon, toutes les dérives seraient excusables dès lors qu’elles captent un public.
Une décision idéologique, pas éditoriale
Le maintien de Morandini à l’antenne n’est pas une erreur de gestion, c’est un acte idéologique assumé.
Il s’inscrit dans une logique bien connue :
refuser de « céder » à la justice lorsqu’elle dérange,
se poser en victime d’un prétendu « tribunal médiatique »,
transformer une condamnation judiciaire en combat culturel,
opposer un « nous » viril et autoritaire à un « eux » présenté comme moralisateur.
Autrement dit, la justice est respectable uniquement lorsqu’elle conforte le récit de la chaîne.
La responsabilité de la direction
Ce choix engage directement la responsabilité de la direction et du propriétaire de la chaîne, Vincent Bolloré, qui revendique publiquement des convictions morales, religieuses et civilisationnelles fortes.
Maintenir à l’antenne un homme condamné pour corruption de mineur tout en prétendant défendre la morale publique est un contresens absolu.
On ne peut pas :
exiger des comptes à la société,
donner des leçons de valeurs,
invoquer la protection des plus faibles,
tout en banalisant une condamnation de cette nature dans son propre camp.
Une atteinte à la crédibilité médiatique
CNews n’est pas un blog personnel ni une chaîne marginale, c’est une chaîne d’information nationale, qui influence l’opinion publique, les représentations sociales et les débats politiques.
En maintenant Morandini :
elle décrédibilise sa parole morale,
elle banalise la gravité des faits,
elle envoie un message désastreux aux victimes,
elle alimente l’idée d’une justice à géométrie variable.
Ce n’est pas la République qui est « trop laxiste ».Ce sont certains médias qui instrumentalisent la morale à des fins idéologiques.
Ce que révèle vraiment CNews
Ce cas précis agit comme un révélateur.
CNews n’est pas la chaîne de la morale qu’elle prétend être, c’est une chaîne de combat culturel, où :
l’idéologie prime sur l’éthique,
l’audience prime sur la responsabilité,
la cohérence prime sur la justice.
Il ne s’agit pas ici de censurer, ni d’interdire.Il s’agit de nommer clairement les faits et de refuser le mensonge permanent.
On ne peut pas se poser en juge de la société tout en refusant d’appliquer à soi-même les principes que l’on impose aux autres.
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Marc Mauco