Quand l’anticipation sécuritaire devient une fabrique de tensions communautaires
- Marc Mauco

- 9 janv.
- 2 min de lecture
La séquence diffusée récemment sur CNews, à propos de matchs de la Coupe d’Afrique des Nations, pose une question grave, où s’arrête l’information légitime, et où commence la construction d’un récit anxiogène qui fracture la société française ?
Sous couvert de prévention de l’ordre public, ce passage opère un glissement dangereux : un événement sportif international est présenté non comme un moment de célébration populaire, mais comme une menace intérieure liée à l’origine supposée de certains Français.

Du football à la suspicion identitaire
Dès les premières secondes, le ton est donné :« matchs à risque », « haute tension », « scénario le plus redouté » or, aucun élément factuel précis ne vient étayer cette montée dramatique.
Le basculement se produit lorsque le débat quitte le terrain du sport pour celui de l’origine :
« surtout le deuxième qui concerne l’Algérie puisqu’il y a plus de personnes d’origine algérienne en France »
Cette phrase est centrale. Elle installe une équation implicite :présence démographique = risque sécuritaire.
Ce n’est plus de l’information, c’est une assignation identitaire.
La fabrication d’un affrontement communautaire
Le discours ne s’arrête pas à la crainte de débordements isolés. Il évoque explicitement :
« des affrontements communautaires sur le territoire »
Ce scénario n’est pas démontré, il n’est pas contextualisé, iI n’est pas comparé à d’autres compétitions (Euro, Coupe du monde).
Il est projeté, répété, amplifié.
Ainsi, des millions de Français algériens, marocains, binationaux ou non se voient symboliquement placés dans une logique de confrontation, non parce qu’ils ont agi, mais parce qu’ils existent.
Le cas isolé érigé en signal collectif
La séquence s’achève sur une vidéo choquante montrant des propos xénophobes et antisémites, déjà signalés à la justice.
Ces propos sont condamnables. Ils relèvent du droit pénal.
Mais le problème est ailleurs : aucune séparation claire n’est faite entre :
des individus délinquants,
et une population entière.
Le téléspectateur est laissé seul face à une conclusion implicite :le danger serait collectif, culturel, communautaire.
Une responsabilité médiatique engagée
Ce type de traitement ne constitue pas une incitation directe à la violence au sens pénal strict.
Mais il relève clairement de ce que l’on appelle une incitation indirecte à la peur et à la défiance, par stigmatisation répétée.
C’est précisément ce mécanisme qui, historiquement, a toujours nourri les tensions plutôt que de les prévenir.
Informer, ce n’est pas désigner, prévenir, ce n’est pas essentialiser, protéger l’ordre public, ce n’est pas fragiliser la cohésion nationale.
La République ne tient pas par la peur, elle tient par la responsabilité, la nuance et la vérité.
À force de présenter certains Français comme des risques potentiels, on fabrique exactement ce que l’on prétend redouter.
Libres dans nos Choix
Egaux dans nos Droits
Marc MAUCO



Commentaires