Quand l’opinion remplace les faits : analyse juridique des propos tenus sur CNews
- Marc Mauco

- 17 déc. 2025
- 2 min de lecture
La liberté d’expression est un pilier de la démocratie mais elle n’est ni absolue, ni exempte de responsabilités, surtout lorsqu’elle s’exerce sur une chaîne d’information nationale.
Ces derniers jours, des propos tenus à l’antenne de CNews, par un intervenant présenté comme analyste politique, interrogent sérieusement le respect des principes fondamentaux du débat public : rigueur, proportionnalité, vérifiabilité et absence d’amalgame.
L’objectif de cet article n’est ni polémique, ni idéologique, il s’agit d’une analyse factuelle, juridique et déontologique.

Des propos graves tenus sans démonstration factuelle sur Cnews
Lors de son intervention, l’analyste évoque notamment :
l’existence de liens supposés entre un réseau criminel et un État étranger,
l’inaction présumée d’un peuple dans son ensemble,
des ramifications non démontrées entre criminalité organisée et institutions publiques.
Or, en droit français, toute affirmation publique de faits graves doit répondre à un principe essentiel, la base factuelle suffisante.
Aucune source judiciaire, décision de justice, rapport officiel ou document public n’a été cité à l’antenne pour étayer ces affirmations.
Nous ne sommes donc plus dans l’information, mais dans l’opinion présentée comme un fait.
Un problème central : l’amalgame implicite
L’un des points les plus problématiques ne réside pas dans la critique d’un phénomène criminel qui est légitime mais dans le glissement sémantique opéré :
d’individus ou de réseaux,
vers une nationalité,
voire vers un État ou un peuple.
En droit comme en déontologie journalistique, cet amalgame pose un problème majeur.
La Charte de Munich du journalisme rappelle que :
« Le journaliste s’interdit toute confusion entre son métier et celui de propagandiste. »
Or, associer implicitement une criminalité à une origine nationale, sans preuve établie, alimente une lecture biaisée du réel et nuit gravement à la qualité du débat public.
La responsabilité éditoriale de la chaîne
CNews, en tant que média audiovisuel, est soumise à la régulation de l’ARCOM.
Cela implique notamment :
le respect du pluralisme,
la distinction claire entre information et opinion,
l’obligation de maîtrise de l’antenne.
Inviter un intervenant ne décharge pas une chaîne de sa responsabilité, lorsqu’aucune contradiction sérieuse n’est apportée, lorsqu’aucune source n’est exigée, la chaîne devient co-responsable du message diffusé.
Pourquoi ces propos posent un danger démocratique
Le problème n’est pas une phrase isolée.Le problème est la répétition d’un schéma :
sélection de faits orientés,
silence sur d’autres réalités,
construction d’un récit anxiogène,
absence de contextualisation.
Cette logique crée une médiatisation à deux vitesses, où certains faits sont amplifiés, d’autres invisibilisés.
Ce n’est pas ainsi que l’on combat la criminalité, ce n’est pas ainsi que l’on renforce la cohésion nationale.
Libres & Égaux défend un principe simple, la critique est légitime, la stigmatisation ne l’est jamais.
Ce débat mérite mieux que des raccourcis, il mérite des faits, des sources, du droit, et du respect.
Lorsque ces exigences ne sont plus remplies, le citoyen dispose d’un levier démocratique : le signalement auprès de l’ARCOM.
Informer, ce n’est pas désigner des coupables collectifs.Informer, c’est éclairer sans manipuler.



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