Sondages sur les musulmans, comment une opération politique s’est déguisée en étude scientifique
- Marc Mauco

- 5 déc. 2025
- 3 min de lecture
Depuis plusieurs semaines, des chiffres alarmants circulent partout :« 38 % des musulmans soutiendraient des idées islamistes », « Une majorité refuserait les lois françaises »,« L’islam serait en rupture avec la République ».
Ces titres ont enflammé les plateaux télé, les réseaux sociaux et certains responsables politiques mais l’enquête menée par Le Monde révèle une vérité bien plus inquiétante que ces chiffres eux-mêmes :
Ces sondages n’ont pas été commandés pour comprendre la société mais pour influencer la société.
Et ce qu’ils révèlent, ce n’est pas la montée de l’islamisme, c’est la montée d’une stratégie politique basée sur la peur.

Des sondages financés par des commanditaires idéologiques
Contrairement à ce que beaucoup ont cru, ces sondages n’ont pas été commandés par :
l’État,
des institutions publiques,
des centres de recherche indépendants.
Ils ont été financés par des groupes privés engagés politiquement, liés aux milieux conservateurs et identitaires.
Autrement dit : ils n’ont pas été demandés pour mesurer une réalité, mais pour produire un effet politique.
Plusieurs commanditaires n’avaient même pas d’activité liée à l’opinion publique. Leur objectif était tout autre : légitimer un discours déjà construit sur l’opposition entre “Français” et “musulmans”.
Une méthodologie problématique qui fausse les résultats
Les spécialistes interrogés par Le Monde pointent tous les mêmes problèmes :
✔️ Questions orientées
Certaines formulations mélangeaient pratique religieuse et extrémisme, poussant mécaniquement vers certaines réponses.
✔️ Échantillons faibles ou mal représentatifs des musulmans
Les panels ne reflétaient pas la diversité réelle des musulmans de France.
✔️ Confusion volontaire entre “opinion religieuse” et “idéologie radicale”
Un procédé classique pour produire des chiffres sensationnalistes.
✔️ Absence de contextualisation
Des réponses isolées, sorties de leur contexte culturel, spirituel ou social, deviennent artificiellement alarmantes.
Ce n’est pas une erreur technique, c’est une stratégie.
Comment les médias d’extrême droite ont amplifié ces chiffres
Une fois publiés, ces résultats ont été repris immédiatement par :
CNews,
Valeurs Actuelles,
Sud Radio,
plusieurs influenceurs identitaires,
des comptes militants très actifs en ligne.
Toujours selon le même schéma :
On ne vérifie rien.
On ne lit pas la méthodologie.
On transforme un chiffre contestable en “réalité nationale”.
L’objectif est simple :créer une impression d’urgence, de menace, de rupture culturelle. Et préparer le terrain idéologique pour des propositions politiques plus dures.
Ce n’est pas de l’information, c’est une opération de communication.
Une stratégie globale : saturer l’espace public de peur
Ces sondages s’inscrivent dans une logique déjà identifiée par les chercheurs faire croire qu’un danger invisible est sur le point d’exploser, afin d’obtenir une réaction politique forte.
C’est exactement le mécanisme utilisé dans d’autres pays où l’extrême droite progresse :
on exagère une menace,
on la répète partout,
on la transforme en “évidence”,
puis on propose des lois qui “répondent” à ce problème fabriqué.
C’est ainsi qu’on manipule une société entière sans qu’elle s’en rende compte.
Pourquoi c’est grave ? Parce que cela transforme la statistique en arme politique
Dans une démocratie, les chiffres doivent éclairer le débat.Ici, ils ont été utilisés pour l’assombrir.
Les conséquences sont lourdes :
montée des peurs,
stigmatisation d’une communauté entière,
fracture entre les Français,
légitimation des discours extrêmes,
affaiblissement du vivre-ensemble.
Le danger n’est pas seulement la manipulation. Le danger, c’est que les citoyens ne savent même plus qu’ils sont manipulés.
La France mérite mieux que des chiffres fabriqués pour diviser
Cet article du Monde ne parle pas de religion, il parle de démocratie.
Il montre que certains sondages ne mesurent pas la réalité, mais la fabriquent et qu’ils servent des intérêts politiques bien précis.
La peur n’a jamais fait avancer un pays. La vérité, la nuance, la rigueur, oui.
Il est temps de rappeler que les Français tous les Français méritent mieux que des chiffres construits pour les opposer les uns aux autres.



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